Auteur

Jean-Paul Hameury

Seul craint la défaite celui qui songe encore à vaincre.
Nul ne me donnera ce que j'ai déjà. Qui m'ôtera ce que je n'ai pas?
Il ne nous manque rien sinon de comprendre que rien ne nous manque.
Bâtir là où le sol, justement, fait défaut.
Le fleuve ne se soucie ni de la source ni de l'embouchure.
Un battement de cils: un monde est mort, un monde est né.
L'instant est l'autre nom de l'éternité.
Il arrive que les mots s'écoulent de notre bouche comme le sang d'une plaie.
Ne pas oublier que les mots sont des partis pris.
Possédant le signe, nous croyons posséder la chose.
Nous parlons dans le vide, dans l'espoir que celui-ci, un jour, finira par être rempli.
C'est parce qu'il n'y a rien à dire que nous ne cessons de dire.
Pour combattre l'incendie qui fait rage dans notre esprit, il faut parfois recourir aux mots et s'en servir comme contre-feux.
Les pensées nous tiennent en laisse.
Nos arrière-pensées ne cessent de se mettre en avant. Et nous les suivons.
Nombreux sont ceux qui se consolent du conformisme de leur vie en cultivant des idées originales.
Le savoir: accumulations de pierres mal taillées, nombreuses mais disparates. Qui, avec cela, pourrait bâtir une demeure?
On peut oublier ce que l'on sait, pas ce que l'on connaît.
La tâche d'un vrai maître consiste à enseigner les moyens de se passer de maître.
Quand le philosophe s'étonne, le sage s'émerveille.
Il y aura toujours trop de gens pour répondre aux questions que le sage ne se pose plus.
Le mal que font les hommes prouve moins leur cruauté que leur ignorance.
Celui qui contemple la laideur sans la baptiser laideur découvre un autre visage de la beauté.
Au sommet de la montagne, tente de grimper encore.
Il n'est pas plus sûr moyen de s'égarer que de marcher les yeux tournés vers le ciel.

Œuvres de Jean-Paul Hameury

Fragments (1994)