Il n'y a pas plus vorace que les gens maigres. Ils sont irrassasiables.
Flaubert fut l'un des rares écrivains que Kafka lut et aima avec persévérance, et qui eut sur lui une influence constante. Bouvard et Pécuchet représentent un premier état de certains personnages kafkaïens.
Et Hitler, la France, si vous voulez mon avis, il se la met quelque part.
Je préfère la mocheté travestie, croulant sous les ornements ridicules, à la mocheté sans masque.
La France est-elle une cause perdue? Si elle l'est, l'esprit de contradiction qui marque le réveil de l'honneur, commande de s'y dévouer.
Un authentique chagrin d'amour enferme en lui-même celui qui l'éprouve; c'est comme une seconde cristallisation, plus solide que la première, et plus durable.
On dit des parents faibles que ce sont des parents coupables et qu'ils ont fait le malheur de leurs rejetons en n'ayant pas eu la fermeté de les protéger contre eux-mêmes.
Les magistrats de maintenant sont à l'égard des malfaiteurs comme les parents faibles qui ne punissent pas leurs enfants.
La tendresse constitue le trésor des ménages unis. Même charnelle, la tendresse est un sentiment, et qui ne s'accommode pas avec la lubricité.
Etant peintre, le plus développé, le plus expérimenté de mes cinq sens est la vue. Je suis un «visuel». Or, ce que j'écris est étrangement dépourvu de description et de couleur.
C'était une espèce d'intuition. Les femmes qui ont été abandonnées et qui souffrent d'un chagrin d'amour ont besoin, pour les apaiser, d'une certaine forme virile de la tendresse. Où trouver cette tendresse mieux que chez un père ?
Je n'ai plus l'âge de Chérubin depuis un certain temps, mais je suis toujours comme lui: je ne puis entendre les mots femme ou fille sans émotion.
La femme est le roman de l'homme.
Maintenant que nous ne vivons plus dans l'univers de Balzac, on peut enfin, de nouveau, écrire des romans comme Balzac.
La bonté, c'est la liberté. Etre bon, c'est être libre.
Etre méchant, c'est être esclave.
On n'aime pas son ennemi. Mais on le respecte.
Les voyages, comme les belles femmes, sont faits pour les hommes sans imagination.
Le crétin se reconnaît à son goût pour les exactitudes inutiles.
On ne brûle plus les sorcières, ni même les livres, mais on brûle toujours les idées.
Devise d'écrivain: Les écrits restent. Tant mieux!
J'imagine assez bien César disant comme Clemenceau à ses rédacteurs de l'Homme libre: «Dans vos phrases n'utilisez qu'un sujet, un verbe et un complément direct. Quand vous aurez besoin d'un adjectif, venez me trouver».
Dialogue de couple: Elle: Je me sens si seule. Lui: Moi, pas assez.
Dans les situations désespérées, la seule sagesse est l'optimisme aveugle.
Ce qui est désespérant avec les journalistes, c'est que, quand ils reproduisent vos propos dans leur gazette, ils vous font parler comme eux. Moyennant quoi, on a toujours l'air d'un imbécile.
Œuvres de Jean Dutourd
Au Bon Beurre (1952)Ca bouge dans le prêt-à-porter (1989)Dans Télé 7 Jours, 1982.De la France considérée comme une maladie (1982)Doucin (1955)Dutouriana (2002)Journal intime d'un mort (2004)L'Ame sensibleL'Ecole des jocrissesLa Gauche la plus bête du monde (1985)Le Complexe de César (1946)Le Fond et la Forme (1958)Le Séminaire de Bordeaux (1987)Le feld-maréchal von BonaparteLeporello (2007)Les DupesLes Horreurs de l'amour (1963)Les Matinées de Chaillot (1978)Les Taxis de la Marne (1956)Les choses comme elles sont (1978)