L'illusion des lâches est de croire qu'avec beaucoup de prudence, on peut échapper à son destin.
Les femmes ne couchent pas avec des hommes, mais avec des abstractions: le pouvoir, la renommée, l'argent, la mode.
Le progrès matériel doit être lent, comme l'évolution des espèces. Sinon il produit des monstres.
Les gens qui se plaignent constamment vivent leurs malheurs deux fois. D'où leur humeur chagrine.
Pauvres enfants, à qui les grandes personnes ne cessent de faire des procès d'intention!
Les idées sont comme les femmes. Si on ne les lève pas quand elles passent, on les perd de vue.
Les Français, si détestables, ont un avantage considérable sur les autres peuples: ils parlent français.
Mourir, pour un jeune homme, c'est lui voler son avenir; pour un vieillard, lui voler son passé.
Je vois autant de vieillards révoltés contre la vieillesse que de jeunes gens révoltés contre la société.
L'inconvénient de vivre longtemps est que la dernière image de soi que le monde ait vue est celle d'un vieillard.
Périodiquement je me perds de vue, comme une personne qu'on n'a pas rencontrée depuis longtemps. Je me schématise.
La nostalgie de l'égoïsme, impossible après vingt ans. La profonde poésie de l'égoïsme.
«Il n'y a pas de fumée sans feu.» Si, celle produite par les fumigènes de la presse, télévisée et autre.
La santé, comme l'argent, est un moyen, non une fin.
Quand on est jeune, on est mal dans sa peau, mais on n'a mal nulle part. Quand on est vieux, on est bien dans sa peau, mais on a mal partout.
Cette soudaine blondeur des femmes lorsqu'elles atteignent la cinquantaine est précisément l'aveu de ce qu'elles tentent de masquer: c'est comme si elles se promenaient en agitant leur extrême naissance.
La notion de bonheur m'agaçait beaucoup autrefois. C'était la blague à la mode dans les démocraties occidentales ou; tout le monde avait droit au bonheur, comme au remboursement des frais de pharmacie par la sécurité sociale.
La chance, c'est le bonheur, c'est la face rébarbative et noire du destin qui tout à coup s'illumine d'un charmant sourire.
Le conformisme est aussi tyrannique chez les oiseaux que chez les hommes.
Le véritable esclave est un homme qui n'a pas assez d'imagination pour inventer qu'il pourrait ne plus être esclave.
Œuvres de Jean Dutourd
Au Bon Beurre (1952)Ca bouge dans le prêt-à-porter (1989)Dans Télé 7 Jours, 1982.De la France considérée comme une maladie (1982)Doucin (1955)Dutouriana (2002)Journal intime d'un mort (2004)L'Ame sensibleL'Ecole des jocrissesLa Gauche la plus bête du monde (1985)Le Complexe de César (1946)Le Fond et la Forme (1958)Le Séminaire de Bordeaux (1987)Le feld-maréchal von BonaparteLeporello (2007)Les DupesLes Horreurs de l'amour (1963)Les Matinées de Chaillot (1978)Les Taxis de la Marne (1956)Les choses comme elles sont (1978)