Dormir est si accablant et rêver si horrible...
Auteur
Howard Phillips Lovecraft
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Plût à Dieu que je les eusse laissés effectuer ces recherches eux-mêmes ! Je n'aurais pas été obligé de porter si longtemps ce secret, et de le porter seul, de crainte que le monde ne me croie fou, ou ne sombre dans la folie à cause des implications démoniaques de tout cela. Si je me suis résolu à parler, c'est que j'ai eu peur que l'obsession ne me mène à la démence, et maintenant je voudrais n'avoir jamais rien caché. Je suis seul à connaître la vérité sur la peur qui rôdait dans la montagne fantomatique et déserte.
Il est difficile d'expliquer comment la seule vue d'un objet tangible, aux dimensions mesurables, a pu bouleverser à ce point un homme habitué au spectacle macabre des salles de dissection. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que certaines formes ou entités détiennent un pouvoir de suggestion qui fait entrevoir d'innommables réalités au-delà du monde illusoire où nous nous enfermons.
Un de ces monstres vous a autrefois écrit de n'invoquer Personne que vous ne pourriez renvoyer. Vous avez été défait une première fois, peut-être de cette manière et votre magie noire vous défera cette fois encore. Curwen, un homme ne peut altérer l'ordre naturel au-delà de certaines limites, toutes les horreurs que vous avez tramées vont se dresser contre vous et vous anéantir.
Willett avait compté trente marches lorsqu'il entendit un bruit lointain. Après cela, il arrêta de compter. C'était un cri impie, un sons très bas, insidieux outrage à la nature, comme il ne devrait pas en exister. Parler de mornes gémissements, de pleurs de jugement dernier, de hurlements désespérés de, chœurs tourmentés, de chairs sans âme lacérées par le fouet, ne permettrait pas de décrire la quintessence de son horreur, ni ses harmoniques écœurants jusqu'à l'âme.
Un personnage fort étrange, nommé Charles Dexter Ward, a disparu récemment d'une maison de santé, près de Providence, Rhode Island. Il avait été interné à contrecoeur par un père accablé de chagrin, qui avait vu son aberration passer de la simple excentricité à une noire folie présentant à la fois la possibilité de tendances meurtrières et une curieuse modification du contenu de son esprit. Les médecins s'avouent complètement déconcertés par son cas, car il présentait des bizarreries physiques autant que psychologiques.
Ruisselant de sueur, dépourvu de tout moyen d'éclairage, accablé par le souvenir d'une effroyable vision, il songeait avec horreur que des douzaines de ces créatures terrifiantes vivaient encore au-dessous de lui, et qu'un des puits était resté ouvert...
Tout ce que nous pouvons dire, c'est que certaines formes ou entités détiennent un pouvoir de suggestion qui fait entrevoir d'innommables réalités au-delà du monde illusoire où nous nous enfermons.
Finalement, lorsque, après cinquante ans de séjour, Curwen ne sembla pas avoir vieilli de plus de cinq ans, les gens commencèrent à murmurer et à satisfaire le désir d'isolement qu'il avait toujours manifesté.
Que savons-nous, avait-il déclaré d'une voix pédante et fébrile, du monde, de l'univers qui nous entoure ? Les moyens que nous possédons pour recevoir des impressions sont ridiculement peu nombreux, et notre connaissance des objets qui nous environnent est infiniment restreinte. Nous ne voyons les choses que de notre point de vue, et nous n'avons aucune idée de leur vraie nature.
Avec cinq faibles sens, nous prétendons appréhender le cosmos complexe et sans limite, alors que d'autres êtres, qui possèdent un éventail de sens plus large, plus fort, ou différent, peuvent percevoir des univers entiers de matière, d'énergie et de vie, qui sont à portée de notre main, et qui ne peuvent pourtant jamais être détectés par nos organes sensitifs. J'ai toujours pensé que de tels mondes inaccessibles existent, près de nous.
Jamais je ne pourrai décrire telle que je la vis cette hideur innommable qui baignait dans le silence absolu d'une immensité nue. Il n'y a avait là rien à écouter, rien à voir, sauf un vaste territoire de vase. La peur que fit naître en moi ce paysage uniforme et muet m'oppressa tant que j'en eus la nausée.
Tandis que je me hâtais au travers des ruelles tortueuses et embrumées qui longent le quai, j'eus l'impression inquiétante d'être suivi furtivement par un bruit de pas étouffés. De part et d'autre de la rue, les maisons branlantes et séculaires semblaient revenir à la vie. Elles m'apparaissaient méchantes et maléfiques, comme si un courant d'intentions malignes avait brusquement surgi du sol.
Il est très malheureux que l'humanité dans son ensemble soit trop limitée dans sa vision morale pour peser avec patience et intelligence des phénomènes isolés, éprouvés seulement par quelques individus au psychisme particulièrement pénétrant, et qui, par leur exceptionnelle sensibilité, se situent bien au-delà de l'expérience commune.
C'est dans un état bien particulier que j'écris ces mots, puisque cette nuit je ne serai plus. Je me trouve sans le sou, au terme de mon supplice de drogué qui ne supporte plus la vie sans sa dose, et je ne puis endurer plus longtemps ma torture. Je vais sauter par la fenêtre, me jeter dans cette rue sordide. Il ne faudrait pourtant pas croire que la morphine, dont je suis l'esclave, ait fait de moi un être faible ou dégénéré. Lorsque vous aurez lu ces quelques pages hâtivement griffonnées, vous ne vous étonnerez pas – encore que vous ne puissiez jamais le comprendre parfaitement – que je me trouve devant cette unique alternative : l'oubli ou la mort.
Des hommes doués intellectuellement savent qu'il n'y a pas de différence nette entre le réel et l'irréel, que les choses ne nous apparaissent qu'à travers la délicate synthèse physique et mentale qui s'opère subjectivement en chacun de nous. Mais le matérialisme prosaïque de la majorité condamne comme folie les éclairs de voyance qui déchirent, chez certains, le voile habituel de l'empirisme banal.
Maudite soit la terre où les pensées mortes revivent sous des formes étranges, et damné soit l'esprit que ne contient aucun cerveau.
Mais à ce moment-là il ne rêvait pas, et rien n'effacera jamais le souvenir des cryptes obscures, des arcades titanesques, des infernales silhouettes difformes qui avançaient à grands pas en serrant contre elles des choses à moitié dévorées dont les fragments encore vivants imploraient pitié ou riaient sataniquement.
Je songe au jour où ces créatures pourraient surgir des flots pour y entraîner dans leurs griffes nauséabondes les restes d'une humanité chétive et épuisée par la guerre - au jour où les terres sombreront, et où le noir fond des océans remontera pour émerger dans un monde livré au chaos universel.
Elle représentait un monstre à la silhouette vaguement anthropoïde, avec une tête de pieuvre dont la face n'aurait été qu'une masse de tentacules, un corps écailleux, d'une grande élasticité, semblait-il, des griffes prodigieuses aux pattes postérieures et antérieures, de longues et étroites ailes dans le dos. Cette chose, qui paraissait distiller une malignité redoutable et dénaturée, était d'une corpulence presque boursouflée et paraissait tassée sur un bloc rectangulaire, une sorte de piédestal, couvert de caractères indéchiffrables. La pointe de ses ailes touchait la partie postérieure du bloc, son arrière-train occupait le centre, tandis que les longues griffes recourbées des pattes postérieures repliées, ramassées, agrippaient le bord antérieur et s'étiraient en direction de la base jusqu'au quart de la hauteur du socle. La tête céphalopode était inclinée en avant de telle sorte que les extrémités des tentacules faciaux allaient effleurer par-derrière les énormes pattes antérieures qui étreignaient les genoux de la créature accroupie.
Ce qu'il y a de plus pitoyable au monde, c'est, je crois, l'incapacité de l'esprit humain à relier tout ce qu'il renferme. Nous vivons sur une île placide d'ignorance,environnée de noirs océans d'infinitude que nous n'avons pas été destinés à parcourir bien loin. Les sciences, chacune s'évertuant dans sa propre direction, nous ont jusqu'à présent peu nui. Un jour, cependant, la coordination des connaissances éparses nous ouvrira des perspectives si terrifiantes sur le réel et sur l'effroyable position que nous y occupons qu'il ne nous restera plus qu'à sombrer dans la folie devant cette révélation ou à fuir cette lumière mortelle pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d'un nouvel obscurantisme.
Ce qu'il y a de plus pitoyable au monde, c'est, je crois, l'incapacité de l'esprit humain à relier tout ce qu'il renferme.
Dans sa demeure de R'lyeh la morte Cthulhu rêve et attend.
Dans sa demeure de R'lyeh, le défunt Cthulhu attend en rêvant.
De tels êtres ou de si grands pouvoirs il est concevable qu'il y ait une survivance... survivance d'un temps extrêmement reculé où... la conscience se manifesta, peut-être, sous des formes et figures en retrait depuis longtemps avant la marée de l'humanité en marche...formes dont seules la poésie et la légende ont saisi un souvenir fugace et qu'elles ont appelées dieux, monstres, êtres mythiques de toutes sortes et espèces...