Avec cinq faibles sens, nous prétendons appréhender le cosmos complexe et sans limite, alors que d'autres êtres, qui possèdent un éventail de sens plus large, plus fort, ou différent, peuvent percevoir des univers entiers de matière, d'énergie et de vie, qui sont à portée de notre main, et qui ne peuvent pourtant jamais être détectés par nos organes sensitifs. J'ai toujours pensé que de tels mondes inaccessibles existent, près de nous.

À lire aussi de Howard Phillips Lovecraft

Malgré les choses terribles que j'ai vues et entendues, malgré l'impression particulièrement vive qu'elles ont produite sur moi, je suis, aujourd'hui encore, incapable de démontrer la justesse de mon effroyable hypothèse. En effet, la disparition d'Akeley ne prouve rien. Personne n'a relevé quoi que ce soit de suspect dans sa maison, en dehors des traces de balles à l'extérieur et à l'intérieur. En vérité, on aurait pu croire qu'il était parti faire une promenade dans les collines et n'était pas revenu.
Tandis que je me hâtais au travers des ruelles tortueuses et embrumées qui longent le quai, j'eus l'impression inquiétante d'être suivi furtivement par un bruit de pas étouffés. De part et d'autre de la rue, les maisons branlantes et séculaires semblaient revenir à la vie. Elles m'apparaissaient méchantes et maléfiques, comme si un courant d'intentions malignes avait brusquement surgi du sol.
Je songe au jour où ces créatures pourraient surgir des flots pour y entraîner dans leurs griffes nauséabondes les restes d'une humanité chétive et épuisée par la guerre - au jour où les terres sombreront, et où le noir fond des océans remontera pour émerger dans un monde livré au chaos universel.
Fils unique et objet d'adoration pour ses parents, sa complexion délicate les inquiétait à tel point qu'ils le gardaient sous étroite surveillance. Il lui était interdit de sortir sans sa gouvernante, et il n'avait que rarement l'occasion de s'amuser librement avec d'autres enfants. Tout ceci favorisa sans nul doute chez lui le développement d'une étrange et secrète vie intérieure, avec l'imagination comme unique moyen d'évasion.
C'est dans un état bien particulier que j'écris ces mots, puisque cette nuit je ne serai plus. Je me trouve sans le sou, au terme de mon supplice de drogué qui ne supporte plus la vie sans sa dose, et je ne puis endurer plus longtemps ma torture. Je vais sauter par la fenêtre, me jeter dans cette rue sordide. Il ne faudrait pourtant pas croire que la morphine, dont je suis l'esclave, ait fait de moi un être faible ou dégénéré. Lorsque vous aurez lu ces quelques pages hâtivement griffonnées, vous ne vous étonnerez pas – encore que vous ne puissiez jamais le comprendre parfaitement – que je me trouve devant cette unique alternative : l'oubli ou la mort.
Toutes les citations de Howard Phillips Lovecraft →

Dans la même œuvre

C'est dans un état bien particulier que j'écris ces mots, puisque cette nuit je ne serai plus.
La fin est toute proche. J'entends un bruit à ma porte.
Que savons-nous, avait-il déclaré d'une voix pédante et fébrile, du monde, de l'univers qui nous entoure ? Les moyens que nous possédons pour recevoir des impressions sont ridiculement peu nombreux, et notre connaissance des objets qui nous environnent est infiniment restreinte. Nous ne voyons les choses que de notre point de vue, et nous n'avons aucune idée de leur vraie nature.
Jamais je ne pourrai décrire telle que je la vis cette hideur innommable qui baignait dans le silence absolu d'une immensité nue. Il n'y a avait là rien à écouter, rien à voir, sauf un vaste territoire de vase. La peur que fit naître en moi ce paysage uniforme et muet m'oppressa tant que j'en eus la nausée.
Tandis que je me hâtais au travers des ruelles tortueuses et embrumées qui longent le quai, j'eus l'impression inquiétante d'être suivi furtivement par un bruit de pas étouffés. De part et d'autre de la rue, les maisons branlantes et séculaires semblaient revenir à la vie. Elles m'apparaissaient méchantes et maléfiques, comme si un courant d'intentions malignes avait brusquement surgi du sol.