Le mécanisme de notre connaissance usuelle est de nature cinématographique.
Le caractère cinématographique de notre connaissance des choses tient au caractère kaléidoscopique de notre adaptation à elles.
Vivre pour l'esprit, c'est essentiellement se concentrer sur l'acte à accomplir.
Heureux le pauvre «en esprit»! Ce qui est beau, ce n'est pas d'être privé, ni même de se priver, c'est de ne pas sentir la privation.
Là où la matière réussit à épaissir extérieurement la vie de l'âme, à en figer le mouvement, à en contrarier enfin la grâce, elle obtient du corps un effet comique.
Notre durée est irréversible. Nous ne saurions en revivre une parcelle, car il faudrait commencer par effacer le souvenir de tout ce qui a suivi.
Le hasard est donc le mécanisme se comportant comme s'il avait une intention.
La devise que je proposerais au philosophe, et même au commun des hommes, est la plus simple de toutes et, je crois, la plus cartésienne. Je dirais qu'il faut agir en homme de pensée et penser en homme d'action.
Le rôle de la vie est d'introduire de l'indétermination dans la matière.
Le comique naîtra, semble-t-il, quand des hommes réunis en groupe dirigeront tous leur attention sur un d'entre eux, faisant taire leur sensibilité et exerçant seul leur intelligence.
Si franc qu'on le suppose, le rire cache une arrière pensée d'entente, je dirais presque de complicité, avec d'autres rieurs, réels ou imaginaires.
Demandons-nous donc, mes amis, en quoi consiste la politesse vraie : s'apprend-elle comme une leçon ou bien, chez un esprit nourri aux fortes études, ne viendrait-elle pas d'elle-même, se surajouter à tout le reste, comme le parfum à la fleur éclose ?
L'avenir est là ; il nous appelle, ou plutôt il nous tire à lui : cette traction ininterrompue, qui nous fait avancer sur la route du temps, est cause aussi que nous agissons continuellement.
Tout philosophe a deux philosophies : la sienne et celle de Spinoza.
C'est du présent que part l'appel auquel le souvenir répond, et c'est aux éléments sensori-moteurs de l'action présente que le souvenir emprunte la chaleur qui donne la vie.
Originellement nous ne pensons que pour agir. C'est dans le moule de l'action que notre intelligence a été coulée. La spéculation est un luxe, tandis que l'action est une nécessité.
Si je veux me préparer un verre d'eau sucrée, j'ai beau faire, je dois attendre que le sucre fonde.
Œuvres de Henri Bergson
Durée et simultanéitéEcrits et parolesEcrits et paroles, Message au Congrès DescartesEcrits et paroles, Message au Congrès Descartes, 1937.Essai sur la signification du comique (1899), Le RireEssai sur les données immédiates de la conscienceEssai sur les données immédiates de la conscience (1889)L'Energie spirituelleL'Energie spirituelle (1919)L'Evolution créatrice (1907)L'Evolution créatrice (1907), IV, l'Existence et le néantLa Pensée et le Mouvant (1934)Le Rire (1899)Les Deux Sources de la morale et de la religionLes Deux Sources de la morale et de la religion (1932)Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932), ILes Deux Sources de la morale et de la religion (1932), II, Croyance aux dieuxLettre, à Léon Brunschvicg, 22 février 1927Matière et mémoireMatière et mémoire (1896)