Œuvre

Le Rire (1899)

Le jeu de mots trahit donc une distraction momentanée du langage.
Toute poésie exprime des états d'âme.
Le comique exige donc ... quelque chose comme une anesthésie momentanée du coeur. Il s'adresse à l'intelligence pure.
La vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu'elles ont à nos besoins.
Il nous suffira d'appuyer sur le mot, de le grossir et de l'épaissir, pour le voir s'étaler en scène comique.
Un philosophe contemporain, argumentateur à outrance.
Si franc qu'on le suppose, le rire cache une arrière-pensée d'entente ... de complicité, avec d'autres rieurs.
Assistez à la vie en spectateur indifférent; bien des drames tourneront à la comédie.
J'ai maintenant devant moi une mécanique qui fonctionne automatiquement. Ce n'est plus de la vie, c'est de l'automatisme installé dans la vie et imitant la vie.
L'automatisme parfait sera, par exemple, celui du fonctionnaire fonctionnant comme une simple machine, ou encore l'inconscience d'un règlement administratif s'appliquant avec une fatalité inexorable et se prenant pour une loi de la nature.
Toujours un peu humiliant pour celui qui en est l'objet, le rire est véritablement une espèce de brimade sociale.
Il y a des caricatures plus ressemblantes que des portraits, des caricatures où l'exagération est à peine sensible, et inversement on peut exagérer à outrance sans obtenir un véritable effet de caricature.
L'art du caricaturiste est de saisir ce mouvement parfois imperceptible, et de le rendre visible à tous les yeux en l'agrandissant.
Le rire châtie certains défauts à peu près comme la maladie châtie certains excès, frappant des innocents, épargnant des coupables.
Si franc qu'on le suppose, le rire cache une arrière-pensée d'entente, je dirais presque de complicité.
C'est ainsi que des vagues luttent sans trêve à la surface de la mer, tandis que les couches inférieures observent une paix profonde.
Les plus grands penseurs, depuis Aristote, se sont attaqués à ce petit problème...
Les déséquilibrés d'une même espèce sont portés par une secrète attraction à se rechercher les uns les autres.
Pour qu'une chose soit comique, disait-il, il faut qu'entre l'effet et la cause il y ait désharmonie.
On peut, par certains dispositifs de rythme, de rime et d'assonance, bercer notre imagination, la ramener du même au même en un balancement régulier.
On ne goûterait pas le comique si l'on se sentait isolé. Il semble que le rire ait besoin d'un écho.
Nous méconnaissons ce qu'il y a d'encore enfantin, pour ainsi dire, dans la plupart de nos émotions joyeuses.
Parler des petites choses comme si elles étaient grandes, c'est, d'une manière générale, exagérer.
Le timide peut donner l'impression d'une personne que son corps gêne, et qui cherche autour d'elle un endroit où le déposer.
Quiconque s'isole s'expose au ridicule, parce que le comique est fait, en grande partie, de cet isolement même.