Auteur

Henri Bergson

L'art du caricaturiste est de saisir ce mouvement parfois imperceptible, et de le rendre visible à tous les yeux en l'agrandissant.
Les adversaires mêmes du matérialisme ne voient aucun inconvénient à traiter le cerveau comme un récipient de souvenirs.
Le rire châtie certains défauts à peu près comme la maladie châtie certains excès, frappant des innocents, épargnant des coupables.
Une force de direction constante, qui est à l'âme ce que la pesanteur est au corps, assure la cohésion du groupe en inclinant dans un même temps les volontés individuelles.
Si franc qu'on le suppose, le rire cache une arrière-pensée d'entente, je dirais presque de complicité.
La conscience éclaire donc de sa lueur, à tout moment, cette partie immédiate du passé, qui, penchée sur l'avenir, travaille à le réaliser et à se l'adjoindre.
C'est ainsi que des vagues luttent sans trêve à la surface de la mer, tandis que les couches inférieures observent une paix profonde.
La mémoire a donc bien ses degrés successifs et distincts de tension ou de vitalité, malaisés à définir, sans doute, mais que le peintre de l'âme ne peut pas troubler entre eux impunément.
Les plus grands penseurs, depuis Aristote, se sont attaqués à ce petit problème...
Les déséquilibrés d'une même espèce sont portés par une secrète attraction à se rechercher les uns les autres.
Pour qu'une chose soit comique, disait-il, il faut qu'entre l'effet et la cause il y ait désharmonie.
Le dieu est une personne. Il a ses qualités, ses défauts, son caractère. Il porte un nom. Il entretient des relations définies avec d'autres dieux. Il exerce des fonctions importantes, et surtout il est seul à les exercer.
On peut, par certains dispositifs de rythme, de rime et d'assonance, bercer notre imagination, la ramener du même au même en un balancement régulier.
La durée vécue par notre conscience est une durée au rythme déterminé, bien différente de ce temps dont parle le physicien et qui peut emmagasiner, dans un intervalle donné, un nombre aussi grand qu'on voudra de phénomènes.
On ne goûterait pas le comique si l'on se sentait isolé. Il semble que le rire ait besoin d'un écho.
Notre représentation de la matière est la mesure de notre action possible sur les corps; elle résulte de l'élimination de ce qui n'intéresse pas nos besoins et plus généralement nos fonctions.
Nous méconnaissons ce qu'il y a d'encore enfantin, pour ainsi dire, dans la plupart de nos émotions joyeuses.
Remarquons que le mécanisme le plus radical est celui qui fait de la conscience un épiphénomène, capable de venir s'ajouter, dans des circonstances données, à certains mouvements moléculaires.
La parole ne fait que jalonner de loin en loin les principales étapes du mouvement de la pensée.
Parler des petites choses comme si elles étaient grandes, c'est, d'une manière générale, exagérer.
Chacun des états dits successifs du monde extérieur existe seul, et leur multiplicité n'a de réalité que pour une conscience capable de les conserver d'abord, de les juxtaposer ensuite en les extériorisant les uns par rapport aux autres.
Il est donc vraissemblable que poèmes et fantaisies de tout genre sont venus par surcroît, profitant de ce que l'esprit savait faire des fables, mais que la religion était la raison d'être de la fonction fabulatrice.
Il est faux de réduire la matière à la représentation que nous en avons, faux aussi d'en faire une chose qui produirait en nous des représentations mais qui serait d'une autre nature qu'elles.
Il faut remarquer que la fiction, quand elle a de l'efficace, est comme une hallucination naissante: elle peut contrecarrer le jugement et le raisonnement, qui sont les facultés proprement intellectuelles.
L'univers ne peut donc être un système de lois que si les phénomènes passent à travers le filtre d'une intelligence.

Œuvres de Henri Bergson

Durée et simultanéitéEcrits et parolesEcrits et paroles, Message au Congrès DescartesEcrits et paroles, Message au Congrès Descartes, 1937.Essai sur la signification du comique (1899), Le RireEssai sur les données immédiates de la conscienceEssai sur les données immédiates de la conscience (1889)L'Energie spirituelleL'Energie spirituelle (1919)L'Evolution créatrice (1907)L'Evolution créatrice (1907), IV, l'Existence et le néantLa Pensée et le Mouvant (1934)Le Rire (1899)Les Deux Sources de la morale et de la religionLes Deux Sources de la morale et de la religion (1932)Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932), ILes Deux Sources de la morale et de la religion (1932), II, Croyance aux dieuxLettre, à Léon Brunschvicg, 22 février 1927Matière et mémoireMatière et mémoire (1896)