Auteur

Gustave Flaubert

Le mot surcharge la pensée, l'exagère, l'empêche même.
Plus une idée est belle, plus la phrase est sonore; soyez-en sûre. La précision de la pensée fait (et est elle-même) celle du mot.
La passion de la perfection vous fait détester même ce qui en approche.
Tu n'admires pas assez, tu ne respectes pas assez. Tu as bien l'amour de l'art, mais tu n'en as pas la religion.
Ne négligez rien, travaillez, refaites et ne laissez l'oeuvre que lorsque vous aurez la conviction de l'avoir amenée à tout le point de perfection qu'il vous était possible de lui donner.
Il est beau d'être un grand écrivain, de tenir les hommes dans la poêle à frire de sa phrase et de les y faire sauter comme des marrons.
Les écumes du coeur ne se répandent pas sur le papier. On n'y verse que de l'encre, et à peine sortie de notre bouche la tristesse criée nous rentre à l'âme par les oreilles et plus ronflante, plus profonde.
Le seul moyen de supporter l'existence, c'est de s'étourdir dans la littérature comme dans une orgie perpétuelle. Le vin de l'Art cause une longue ivresse et il est inépuisable. C'est de penser à soi qui rend malheureux.
Etourdissons-nous avec le bruit de la plume et buvons de l'encre. Cela grise mieux que le vin.
Un livre est un organisme. Or, toute amputation, tout changement pratiqué par un tiers le dénature. Il pourra être moins mauvais, n'importe, cela ne sera plus lui.
La censure, quelle qu'elle soit, me paraît une monstruosité, une pire chose que l'homicide. L'attentat contre la pensée est un crime de lèse-âme.
Il faut donc faire de l'art pour soi, pour soi seul, comme on joue du violon.
Il faut écrire pour soi, avant tout. C'est la seule chance de faire beau.
On peut juger de la bonté d'un livre à la vigueur des coups de poing qu'il vous a donnés et à la longueur de temps qu'on est ensuite à en revenir.
On publie pour les amis inconnus. L'imprimerie n'a que cela de beau.
Les gens de lettres sont des putains qui finissent par ne plus jouir. Ils traitent l'art, comme celles-ci les hommes, lui sourient tant qu'ils peuvent, mais ne l'aiment plus. Et tout s'avachit ensemble. Ame et style, poitrine et coeur.
Dans l'Art aussi, c'est le fanatisme de l'art qui est le sentiment artistique.
Ne nous plaignons pas. - Nous sommes des privilégiés. Nous avons dans la cervelle des éclairages au gaz! Et il y a tant de gens qui grelottent dans une mansarde sans chandelles.
L'Art est un luxe.
L'action m'a toujours dégoûté au suprême degré. Elle me semble appartenir au côté animal de l'existence.
Notre âme est une bête féroce; toujours affamée, il faut la gorger jusqu'à la gueule pour qu'elle ne se jette pas sur nous.
Tout homme médiocre considérant le blâme comme quelque chose de désagréable, il s'ensuit que l'on doit prendre pour baume toute la merde qu'on nous prodigue.
Toi aussi tu comprendras, en vieillissant, que les bois les plus durs sont ceux qui pourrissent le moins vite.
L'excès de critique engendre l'inintelligence.
Il n'y a de défaites que celles que l'on a tout seul, devant sa glace, dans sa conscience.

Œuvres de Gustave Flaubert

AgoniesBouvard et Pécuchet (1881)Bouvard et Pécuchet (1881), XCarnetsCorrespondanceCorrespondance (1830-1851)Correspondance (1887-1893)Correspondance (à propos de Madame Bovary).Correspondance 1859-1860Correspondance I, A Alfred Le Poittevin, 2 avril 1845Correspondance I, A Emmanuel Vasse de Saint-Ouen, 4 juin 1846Correspondance I, A Louise Colet, 15 août 1846Correspondance I, A Louise Colet, 15 février 1847Correspondance I, A Louise Colet, 17 septembre 1846Correspondance I, A Louise Colet, 20 décembre 1846Correspondance I, A Louise Colet, octobre 1847Correspondance I, à Louise Colet, 12 août 1846Correspondance I, à Louise Colet, 30 janvier 1847Correspondance à George Sand (1871)Correspondance à George Sand, 1866.