Auteur

Gustave Flaubert

Le doute absolu me paraît être si nettement démontré que vouloir le formuler serait presque une niaiserie.
Quel être que on! En voilà un que je méprise profondément! Il faut tout faire en vue de sa propre considération à soi et pisser sur la tête de on.
Tous les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de merde qu'il est temps de n'en plus avoir, du tout!
Les estomacs qui trouvent en la ratatouille humaine leur assouvissance ne sont pas larges.
En fait d'injures, de sottises, de bêtises, etc, je trouve qu'il ne faut se fâcher que lorsqu'on vous les dit en face. Faites-moi des grimaces dans le dos tant que vous voudrez; mon cul vous contemple.
Voir les choses en farce est le seul moyen de ne pas les voir en noir. Rions pour ne pas pleurer.
Dans les grands vases, une goutte d'eau n'est rien. Et elle emplit les petites bouteilles.
La générosité à l'encontre des gredins est presque une indélicatesse à l'encontre du bien.
Enfin ce n'est pas parce qu'un imbécile a deux pieds comme moi, au lieu d'en avoir quatre comme un âne, que je me crois obligé de l'aimer, ou tout au moins de dire que je l'aime, et qu'il m'intéresse.
L'ignoble me plaît. C'est le sublime d'en bas. Quand il est vrai, il est aussi rare à trouver que celui d'en haut. Le cynisme est une merveilleuse chose, en cela qu'étant la charge du vice il en est en même temps le correctif et l'annihilation.
Nous dansons non pas sur un volcan, mais sur la planche d'une latrine qui m'a l'air passablement pourrie.
Il faut se placer au-dessus de tout, et placer son esprit au-dessus de soi-même, j'entends la liberté de l'idée, dont je déclare impie toute limite.
Les momies qu'on a dans le coeur ne tombent jamais en poussière et, quand on penche la tête par le soupirail, on les voit en bas, qui vous regardent avec leurs yeux ouverts, immobiles.
J'aime mieux le néant que le mal, et la poussière que la pourriture.
A mesure que l'objet de nos souhaits approche, la volupté qu'on avait entrevue dans leurs accomplissement diminue, il semble que nous soyons destinés à n'attraper que des ombres sur la muraille.
Demander des oranges aux pommiers est une maladie commune.
La conception du paradis est au fond plus infernale que celle de l'enfer. L'hypothèse d'une félicité parfaite est plus désespérante que celle d'un tourment sans relâche, puisque nous sommes destinés à n'y jamais atteindre.
Tout n'est peut-être qu'une immense blague, j'en ai peur, et quand nous serons de l'autre côté de la page, nous serons peut-être fort étonnés d'apprendre que le mot du rébus était si simple.
La médiocrité chérit la règle; moi je la hais. Je me sens contre elle et contre toute restriction, corporation, caste, hiérarchie, niveau, troupeau, une exécration qui m'emplit l'âme, et c'est par ce côté-là peut-être que je comprends le martyre.
Il ne faut rien regretter, car n'est-ce pas reconnaître qu'il y a au monde quelque chose de bon?
C'est quelque chose, le rire: c'est le dédain et la compréhension mêlés, et en somme la plus haute manière de voir la vie.
Ce qui n'a pas de sens à un sens supérieur à ce qui en a.
Il y a bien des chemins sans voyageur. Il y a encore plus de voyageurs qui n'ont pas leur sentier.
Il fallait, comme pour beaucoup de choses de ce monde, se contenter de rester sur le seuil.
Mais la société n'est-elle pas l'infini tissu de toutes ces petitesses, de ces finasseries, de ces hypocrisies, de ces misères? L'humanité pullule ainsi sur le globe comme une sale poignée de morpions sur une vaste motte.

Œuvres de Gustave Flaubert

AgoniesBouvard et Pécuchet (1881)Bouvard et Pécuchet (1881), XCarnetsCorrespondanceCorrespondance (1830-1851)Correspondance (1887-1893)Correspondance (à propos de Madame Bovary).Correspondance 1859-1860Correspondance I, A Alfred Le Poittevin, 2 avril 1845Correspondance I, A Emmanuel Vasse de Saint-Ouen, 4 juin 1846Correspondance I, A Louise Colet, 15 août 1846Correspondance I, A Louise Colet, 15 février 1847Correspondance I, A Louise Colet, 17 septembre 1846Correspondance I, A Louise Colet, 20 décembre 1846Correspondance I, A Louise Colet, octobre 1847Correspondance I, à Louise Colet, 12 août 1846Correspondance I, à Louise Colet, 30 janvier 1847Correspondance à George Sand (1871)Correspondance à George Sand, 1866.