Auteur

Gustave Flaubert

Cette question que je n'ai pas résolue: y-a-t-il des idées bêtes et des idées grandes? Cela ne dépend-il pas de leur exécution?
Il y a des idées tellement lourdes d'elles-mêmes qu'elles écrasent quiconque essaie de les soulever.
Il n'y a ni beaux ni vilains sujets et on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l'Art pur, qu'il n'y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses.
L'artiste doit tout élever; il est comme une pompe, il a en lui un grand tuyau qui descend aux entrailles des choses, dans les couches profondes. Il aspire et fait jaillir au soleil en gerbes géantes ce qui était plat sous terre et qu'on ne voyait pas.
Maintenant par combien d'étude il faut passer pour se dégager des livres! et qu'il faut en lire! Il faut boire des océans et les repisser.
Il faut savoir les maîtres par coeur, les idolâtrer, tâcher de penser comme eux, et puis s'en séparer pour toujours. Comme instruction technique, on trouve plus de profit à tirer des génies savants et habiles.
Plutôt ne rien écrire que de se mettre à l'oeuvre à demi préparé.
L'intuition artistique ressemble en effet aux hallucinations hypnagogiques par son caractère de fugacité, ça vous passe devant les yeux, c'est alors qu'il faut se jeter dessus, avidement.
L'Art n'a rien à démêler avec l'artiste. Tant pis s'il n'aime pas le rouge, le vert ou le jaune; toutes les couleurs sont belles, ils s'agit de les peindre.
C'est avec la tête qu'on écrit. Si le coeur la chauffe, tant mieux, mais il ne faut pas le dire. Ce doit être un four invisible.
L'auteur, dans son oeuvre, doit être comme Dieu dans l'univers, présent partout, et visible nulle part.
La première qualité de l'Art et son but est l'illusion. L'émotion, laquelle s'obtient souvent par certains sacrifices de détails poétiques, est une tout autre chose et d'un ordre inférieur.
Le roman, selon moi, doit être scientifique, c'est-à-dire rester dans les généralités probables.
Adore l'Idée. Elle seule est vraie parce qu'elle seule est éternelle.
La méthode est tout ce qu'il y a de plus haut dans la critique, puisqu'elle donne le moyen de créer.
La forme sort du fond, comme la chaleur du feu.
Tous les perruquiers sont d'accord à dire que plus les chevelures sont peignées, plus elle sont luisantes. Il en est de même du style, la correction fait son éclat.
Il n'y a pas en littérature de bonnes intentions: le style est tout.
On n'est idéal qu'à la condition d'être réel et on n'est vrai qu'à force de généraliser.
Tout le talent d'écrire ne consiste après tout que dans le choix des mots. C'est la précision qui fait la force. Il en est en style comme en musique: ce qu'il y a de plus beau et de plus rare c'est la pureté du son.
La prose doit se tenir droite d'un bout à l'autre, comme un mur portant son ornementation jusque dans ses fondements et que, dans la perspective, ça fasse une grande ligne unie. Oh! si j'écrivais comme je sais qu'il faut écrire, que j'écrirais bien.
Le relief vient d'une vue profonde, d'une pénétration, de l'objectif; car il faut que la réalité extérieure entre en nous, à nous en faire presque crier, pour bien la reproduire.
Il faut avant tout, dans une narration, être dramatique, toujours peindre ou émouvoir, et jamais déclamer.
Il faut que les phrases s'agitent dans un livre comme les feuilles dans une forêt, toutes dissemblables en leur ressemblance.
Je ne dis pas de retrancher les idées, mais d'adoucir comme ton celles qui sont secondaires. Pour cela, il faut les reculer, c'est-à-dire les rendre plus courtes et les écrire au style indirect.

Œuvres de Gustave Flaubert

AgoniesBouvard et Pécuchet (1881)Bouvard et Pécuchet (1881), XCarnetsCorrespondanceCorrespondance (1830-1851)Correspondance (1887-1893)Correspondance (à propos de Madame Bovary).Correspondance 1859-1860Correspondance I, A Alfred Le Poittevin, 2 avril 1845Correspondance I, A Emmanuel Vasse de Saint-Ouen, 4 juin 1846Correspondance I, A Louise Colet, 15 août 1846Correspondance I, A Louise Colet, 15 février 1847Correspondance I, A Louise Colet, 17 septembre 1846Correspondance I, A Louise Colet, 20 décembre 1846Correspondance I, A Louise Colet, octobre 1847Correspondance I, à Louise Colet, 12 août 1846Correspondance I, à Louise Colet, 30 janvier 1847Correspondance à George Sand (1871)Correspondance à George Sand, 1866.