La beauté féminine est un mystère qui tourmente la pensée et les sens.
Celui qui ne rit pas ne peut imaginer le monde.
Je ne suis pas croyant, j'achoppe sur la prière, je ne sais pas m'adresser, je ne sais pas pardonner, ce qui est un blasphème pour le croyant.
Je ne peux admettre d'être pardonné, ce qui me laisse en dehors des croyants.
Je suis un insatisfait du mot espoir, j'essaie de ne pas faire entrer la nostalgie dans mon système nerveux.
Je lis des vieux livres parce que les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux, parce que chaque exemplaire d'un livre peut appartenir à plusieurs vies.
On découvre des horizons aussi dans un microscope, pas seulement du haut d'une montagne.
Ceux qui ont eu des enfants ont vu le temps grandir sur eux.
Le verbe aimer était responsable du mariage de mes parents. Ma soeur et moi étions un effet, une des étranges conséquences de la conjugaison.
Les livres sont la plus forte contradiction des barreaux. Ils ouvrent le plafond de la cellule du prisonnier allongé sur son lit.
Petits soldats, petits trains, animaux, maisons : les jeux, c'est le monde en miniature, utiles à un enfant pour se sentir un géant. Ils aident à grandir en supportant l'infériorité.
J'aime l'usage de nos hommes qui pêchent un verset ancien pour s'expliquer au présent. Ils nouent le jour unique au tapis du temps.
Dors, rêve que tu es encore là, que ta vie a encore mon adresse. En rêve, tu pourras toujours y retourner.
Quel vide tu m'as laissé, quel espace inutile en moi doit apprendre à se refermer. Mon corps a perdu son centre, à partir de maintenant nous sommes deux détachés, qui peuvent s'embrasser et qui jamais ne redeviendront une seule personne.
Les mains sont devant l'homme, elles soutiennent son travail, le verbe faire. Et les paroles font l'homme, elles sont devant lui, elles le guident ou bien l'égarent.
Les souvenirs appartiennent au règne des oiseaux, ils laissent une plume quand ils s'en vont. Grâce à elle, on sait à quelle espèce ils appartiennent.
Les hommes donnent tant d'importance aux mots, pour eux c'est tout ce qui compte, ce qui a de la valeur.
Chez nous, il existe une histoire drôle qui parle d'un cavalier qui ne sait pas faire de cheval et qui passe au galop à travers champs. Un paysan lui demande où il va et l'autre lui crie dans sa course : Demandez au cheval.
Si elle s'en va, moi, je reste une poignée sans porte.
Je lui demandais des comptes, on ne doit jamais le faire entre ceux qui sont en amour. Il n'existe ni trahi, ni traître, ni juste, ni impie, l'amour existe tant qu'il dure et la ville tant qu'elle ne s'écroule pas.
Tant que chaque jour, je peux rester ne fût-ce que sur une seule ligne de ces Ecritures, j'arrive à ne pas me défaire de la surprise d'être vivant.
L'hiver, l'homme doit seulement résister dans sa coquille. Il pense : aucune géométrie n'a calculé la forme de l'oeuf. Pour le cercle, la sphère, il existe le pi grec, mais pour la figure parfaite de la vie, il n'existe pas de quadrature.
Il y a des créatures destinées les unes aux autres qui n'arrivent jamais à se rencontrer et qui se résignent à aimer une autre personne pour raccommoder l'absence. Elle sont sages.
Les livres neufs sont impertinents, les feuilles ne se laissent pas tourner sagement, elles résistent et il faut appuyer pour qu'elles restent à plat. Les livres d'occasion ont le dos détendu, les pages, une fois lues, passent sans se soulever.
A peine a-t-on partagé une ou deux cuillères de sel avec une personne qu'on en est déjà au stade de l'amour. Mais avant de se livrer, on devrait manger une marmite de sel ensemble.
Œuvres de Erri De Luca
Au nom de la mère (2006)Et il dit (2012)Interview, 9ème Festival des Cultures juives, juin 2013Le Contraire de un (2003)Le Page des libraires (2004)Le Tort du soldat (2014)Le jour avant le bonheur (2009)Le poids du papillon (2009)Les poissons ne ferment pas les yeux (2013)Les saintes du scandale (2013)Montedidio (2002)Noyau d'olive (2004)Pas ici, pas maintenant (2009)Trois Chevaux (1992)Tu, mio (1998)