Œuvre

Le poids du papillon (2009)

Le cerveau de l'homme est un ruminant, il remâche les informations des sens, les combine en probabilités. L'homme est ainsi capable de préméditer le temps, de le projeter. C'est aussi sa damnation, car il en retire la certitude de mourir.
Quand un homme s'arrête pour regarder les nuages, il voit défiler le temps au-dessus de lui, un vent qui enjambe. Alors il faut se remettre debout et le rattraper.
Un homme est ce qu'il a commis. S'il oublie, c'est un verre renversé, du vide enfermé.
Dans chaque espèce, ce sont les solitaires qui tentent de nouvelles expériences. Ils forment un quota expérimental qui va à la dérive. Derrière eux, se referme la trace ouverte.
L'hiver, l'homme doit seulement résister dans sa coquille. Il pense : aucune géométrie n'a calculé la forme de l'oeuf. Pour le cercle, la sphère, il existe le pi grec, mais pour la figure parfaite de la vie, il n'existe pas de quadrature.
Ce soir-là, il avait joué de l'harmonica pour l'assistance. C'était sa façon de rester avec les autres sans répondre aux questions.
Les arbres de montagne écrivent dans l'air des histoires qui se lisent quand on est allongé dessous.
Les femmes font des gestes de coquillage, qui s'ouvre pour expulser comme pour attirer à l'intérieur.
Sur la corne ensanglantée du vainqueur se posèrent des papillons blancs. L'un d'eux y resta pour toujours, pour des générations de papillons, pétale battant au vent sur la tête du roi des chamois durant les saisons d'avril à novembre.