Auteur

David Diop

Afrique mon Afrique… - \r\nJe ne t'ai jamais connue - \r\nMais mon regard est plein de ton sang - \r\nTon beau sang noir à travers les champs répandu - \r\nLe sang de ta sueur - \r\nLa sueur de ton travail - \r\nLe travail de l'esclavage - \r\nL'esclavage de tes enfants…
Comme je l'ai écrit, il est des cas où celui qui se prétend intellectuel ne doit plus se contenter de vœux pieux et de déclaration d'intention mais donner à ses écrits un prolongement concret.
Hypocrisie donc que de parler de symbiose de civilisations, de profits réciproques dans une communauté dont les universités ignorent jusqu'aux noms de nos grands penseurs et passent sous silence l'histoire de nos empires. Seuls peuvent s'en accommoder les tenants d'un cosmopolitisme culturel habillé d'oripeaux exotiques
Nègre colporteur de révolte - \r\nTu connais tous les chemins du monde ... - \r\nMais quand donc ô mon peuple - \r\nLes névés en flamme dispersant un orage\r\nD'oiseau de cendre - \r\nReconnaîtrai-je la révolte de tes mains ?
Pourtant je ne veux être que de votre race Ouvriers paysans de tous les pays...
Afrique j'ai gardé ta mémoire Afrique - \r\nTu es en moi - \r\nComme l'écharde dans la blessure - \r\nComme un fétiche tutélaire au centre du village - \r\nFais de moi la pierre de ta fronde - \r\nDe ma bouche les lèvres de ta plaie - \r\nDe mes genoux les colonnes brisées de ton abaissement...
Hypocrisie donc que de parler de symbiose de civilisations, de profits réciproques dans une communauté dont les universités ignorent jusqu'aux noms de nos grands penseurs et passent sous silence l'histoire de nos empires. Seuls peuvent s'en accommoder les tenants d'un cosmopolitisme culturel habillé d'oripeaux exotiques
Toi mon frère au visage de peur et d'angoisse - \r\nRelève-toi et crie : Non !
Je ne suis pas né pour les plantations à profit - Je ne suis pas né pour fabriquer la Mort\r\n - \r\nJe suis né pour briser à coups de pierres dures - \r\nLa carapace tenace de nos faux paradis
Ö vous qui avez inventé - \r\nFer à repasser - \r\nBouton de col - \r\nEpingle à nourrice - \r\nLunettes de soleil - \r\n - \r\nMa race vous crie : « Merci ! »\r\nAu nom de la ci-vi-li-sa-tion
Mais le poète rêve aussi de paix de l'âme
Un rêve sans fin ! Sublime repos des gens de la nuit : - \r\nLa paix de l'âme
Le peuple que l'on traîne - \r\nTraîne et promène et déchaîne à travers les théâtres\r\nélectoraux - \r\nLe peuple que l'on jette en pâture - \r\nDans les champs avides de boucherie - \r\nLe peuple qui se tait - \r\nQuand il doit hurler - \r\nQui hurle quand il doit se taire - \r\nLe peuple lourd de siècle de servitude - \r\nSur ses épaules de bon géant - \r\nLe peuple que l'on caresse - \r\nComme le serpent caresse sa proie
J'entonne maintenant un autre chant - \r\nChant de gloire et de deuil - \r\nIl me faut célébrer ces jours mémorables - \r\nQui réveillent l'Afrique de sa léthargie millénaire
Ton coeur a le son du tam-tam, - \r\nCode secret des peuples enchaînés... - \r\nTu nous rends la force du combat Tam-Tam !
Souffre pauvre nègre - \r\nle fouet siffle - \r\nSiffle sur ton dos de sueur et de sang - \r\nLe jour est long - \r\nSi long à porter l'ivoire blanc du Blanc, ton Maître - \r\nSouffre pauvre Nègre
Toi mon frère au visage de peur et d'angoisse Relève-toi et crie : Non
Dans cent ans - \r\nDans mille ans - \r\nLes manguiers de Bouaflé - \r\nLes rôniers de Dimbokro - \r\nCeux de Yamoussokro - \r\nLes cocotiers de Grand-Bassam - \r\nTémoigneront au barreau de l'Humanité - \r\nDes crimes commis au nom de la liberté
Quant à moi, je me réveille seulement à la vie, - \r\nEt la lumière et le crépuscule me font croire - \r\nA la bonté encore possible dans ce monde
Les jours seront de soie sur ses rires retrouvés - \r\nLes peuples chanteront les heures d'avenir - \r\nEt sur le seuil des cases - \r\nFraternellement coulera - \r\nLe vin de palme - \r\nDe la Résurrection - \r\nBelle comme un regard d'airain - \r\nLourde d'une étreinte cosmique - \r\nAu-delà des colères muettes - \r\nVoici que s'élève grave - \r\nLa flamme multicolore de la Liberté Nègre
Mais je bénirai à jamais le jour - \r\nOù dans mon coeur tu fis entrer l'amour
Tes enfants ont faim - \r\nFaim et ta case branlante est vide - \r\nVide de ta femme qui dort - \r\nQui dort sur la couche seigneuriale

Œuvres de David Diop

Coups de pilon