Auteur

Boualem Sansal

Il faut que les hommes puissent se mettre ensemble autour d'une table pour établir des vérités relatives et provisoires.
Quand on a accepté le mensonge pour vérité, ne sommes-nous pas déjà morts ?
Quarante ans est un temps honnête, ce me semble, pour reconnaître que ces foutus colons ont plus chéri cette terre que nous qui sommes ses enfants.
Peut-être a-t-elle accouché dans un taxi... l'embouteillage est la première maternité dans ce pays.
Et encore un que les mollahs n'auront pas ! me disais-je en moi-même en remettant ça, ensorcelé par l'inimitable glouglou du bourbon quatre étoiles.
La vérité se tient mieux dans le silence.
Dieu appartient à qui s'approprie son message.
Mécroire, c'est refuser une croyance dans laquelle on est inscrit d'office mais, et c'est là que le bât blesse, l'homme ne peut se libérer d'une croyance qu'en s'appuyant sur une autre.
La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n'est plus fort qu'elle pour faire détester l'homme et haïr l'humanité.
C'était le regard d'un homme qui, comme lui, avait fait la perturbante découverte que la religion peut se bâtir sur le contraire de la vérité et devenir de ce fait la gardienne acharnée du mensonge originel.
Mais voilà, il y a culture et culture, celle qui additionne des connaissances, et celle plus courante qui additionne des carences.
Les plus dangereux sont ceux qui ne rêvent pas, ils ont l'âme glacée.
Quel meilleur moyen que l'espoir et le merveilleux pour enchainer les peuples à leurs croyances, car qui croit a peur et qui a peur croit aveuglément.
Le regard des peuples est ainsi, insouciant et réellement peu inventif, il ne voit pas au-delà de sa porte. On dirait qu'il s'agit d'une forme de politesse de leur part : l'ailleurs a ses maîtres, le regarder c'est violer une intimité, rompre un pacte.
Pour des gens qui ne sont jamais sortis de leur peur, l'ailleurs est un abîme.
Sans témoins pour la raconter, l'Histoire n'existe pas, quelqu'un doit amorcer le récit pour qu'autres le terminent.
Pour les bien-pensants, critiquer l'islamisme, c'est critiquer l'islam.
Etre son propre ennemi, c'est la garantie de gagner à tous les coups.
La loi était l'uniformité pour tous. Découvrir le monde, c'était entrer dans la complexité.
L'esclave qui se sait esclave sera toujours plus libre et plus grand que son maître fut-il le maître du monde.
La vraie religion ne peut rien être d'autre que la bigoterie bien réglée, érigée en monopole et maintenue par la terreur omniprésente.
On sait le ciel peuplé d'anges, l'enfer grouillant de démons et la terre couverte de croyants, mais pourquoi une frontière à ses confins ? Elle séparait qui de qui, et de quoi ?
C'est là, dans le va-et-vient des jours et le fouillis des non-dits, que la vie perd le sens des choses profondes et se réfugie dans le superficiel et le faux-semblant.
Dans un monde né de la religion, tout messager est un prophète, tout accompagnateur est un apôtre qui revient de loin ; qui s'interroge et discutaille est un hérétique.
Avec les loups il faut hurler ou faire semblant de hurler, bêler est la dernière chose à faire.

Œuvres de Boualem Sansal

2084 : la fin du monde (2015)A la Radio publique belge, le 5 mars 2008.Dis-moi le paradis (2003)Harraga (2005)Le Serment des barbares (1999)Marianne Payot, « Boualem Sansal : “Il faut libérer l'islam” », L'Express, 14 août 2011.Rue Darwin (2011)« Boualem Sansal : Du totalitarisme de Big Brother à l'islamisme radical », Alexandre Devecchio, Le FigaroVox, 4 septembre 2015