Ce que peut la vertu d'un homme ne se doit pas mesurer par ses efforts mais par son ordinaire.
Qui tient le juste milieu? Qu'il paraisse, et qu'il le prouve.
En un mot, le moi a deux qualités: il est injuste en soi, en ce qu'il se fait centre du tout; il est incommode aux autres, en ce qu'il les veut asservir: car chaque moi est l'ennemi et voudrait être le tyran de tous les autres!
Notre nature est dans le mouvement; le repos entier est la mort.
Tous les hommes recherchent d'être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu'ils y emploient. Ils tendent tous à ce but.
L'homme est né pour le plaisir: il le sent, il n'en faut point d'autre preuve. Il suit donc sa raison en se donnant au plaisir. Mais bien souvent il sent la passion dans son coeur sans savoir par où elle a commencé.
La pensée est donc une chose admirable et incomparable par sa nature.
On peut avoir trois principaux objets dans l'étude de la vérité: l'un, de la découvrir quand on la cherche; l'autre, de la démontrer quand on la possède; le dernier, de la discerner d'avec le faux quand on l'examine.
Les âmes propres à l'amour demandent une vie d'action qui éclate en événements nouveaux. Comme le dedans est mouvement, il faut aussi que le dehors le soit, et cette manière de vivre est un merveilleux acheminement à la passion.
Les grandes âmes ne sont pas celles qui aiment le plus souvent: c'est d'un amour violent que je parle. Il faut une inondation de passion pour les ébranler et pour les remplir. Mais quand elles commencent à aimer, elles aiment beaucoup.
Les femmes aiment à apercevoir une délicatesse dans les hommes, et c'est, ce me semble, l'endroit le plus tendre pour les gagner.
La netteté de l'esprit cause aussi la netteté de la passion, c'est pourquoi un esprit grand et net aime avec ardeur et il voit distinctement ce qu'il aime.
Le respect est: incommodez-vous; cela est vain en apparence, mais très juste; car c'est dire: je m'incommoderais bien, si vous en aviez besoin.
Quelle vanité que la peinture, qui attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n'admire point les originaux!
Un même sens change selon les paroles qui l'expriment. Les sens reçoivent des paroles leur dignité, au lieu de la leur donner.
Et ainsi, le présent ne nous satisfaisant jamais, l'expérience nous pipe, et de malheur en malheur, nous mène jusqu'à la mort, qui en est un comble éternel.
La vanité est si ancrée dans le coeur de l'homme qu'un soldat, un goujat, un cuisinier, un crocheteur se vante et veut avoir des admirateurs.
L'affection ou la haine changent la justice de face.
On doit avoir pitié des uns et des autres; mais on doit avoir pour les uns une pitié qui naît de tendresse, et, pour les autres, une pitié qui naît de mépris.
Il faudrait avoir une règle; la raison s'offre, mais elle est ployable à tous sens, et ainsi il n'y en a point.
La pluralité est la meilleure voie, parce qu'elle est visible, et qu'elle a la force pour se faire obéir; cependant, c'est l'avis des moins habiles.
L'homme est ainsi fait, qu'à force de lui dire qu'il est un sot, il le croit; et à force de se le dire à soi-même, on se le fait croire. Car l'homme fait lui seul une conversation intérieure, qu'il importe de bien régler.
J'ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.
Toutes les occupations des hommes sont à avoir du bien; et ils n'ont ni titre pour le posséder justement, ni force pour le posséder sûrement.
Nous sommes si présomptueux que nous voudrions être connus de toute la terre, et même des gens qui viendront quand nous ne serons plus.
Œuvres de Blaise Pascal
Chap. XXV - Faiblesse de l’hommeDe l'Esprit géométrique et de l'Art de persuader (1657)De l'esprit géométriqueDiscours sur la condition des grands, IIDiscours sur les passions de l'amourDiscours sur les passions de l'amour (1652-1653)Entretien avec M. de SacyEntretien avec M. de Sacy.Fragment de préface pour le traité du vide (1647)Les provinciales (1656)Les provinciales (1656), 16Les provinciales (1656), 6Les provinciales (1656), IILes provinciales (1656), IIILes provinciales (1656), IXLes provinciales (1656), VILes provinciales (1656), XLes provinciales (1656), XILes provinciales (1656), XIILes provinciales (1656), XV