Le premier effet de l'amour c'est d'inspirer un grand respect.
Œuvre
Discours sur les passions de l'amour (1652-1653)
30 citations · Blaise Pascal · sur Dicocitations ↗
Cet oubli que cause l'amour, et cet attachement à ce que l'on aime, font naître des qualités que l'on n'avait pas auparavant. L'on devient magnifique, sans l'avoir jamais été.
Il y a des passions qui resserrent l'âme et qui la rendent immobile et qu'il y en a qui l'agrandissent et la font répandre au dehors.
L'on demande s'il faut aimer. Cela ne se doit pas demander, on le doit sentir. L'on ne délibère point là-dessus, l'on y est porté, et l'on a le plaisir de se tromper quand on consulte.
La netteté d'esprit cause aussi la netteté de la passion ; c'est pourquoi un esprit grand et net aime avec ardeur, et il voit distinctement ce qu'il aime...
En effet, on a beau se cacher, l'on aime toujours. Dans les choses mêmes d'où il semble que l'on ait séparé l'amour, il s'y trouve secrètement et en cachette, et il n'est pas possible que l'homme puisse vivre un moment sans cela.
L'homme n'aime pas à demeurer avec soi ; cependant il aime : Il faut donc qu'il cherche ailleurs de quoi aimer. Il ne le peut trouver que dans la beauté.
La beauté est partagée en mille différentes manières.
A force de parler d'amour, on devient amoureux. Il n'y a rien de si aisé. C'est la passion la plus naturelle à l'homme.
L'amour donne de l'esprit ; il se soutient par l'esprit. Il faut de l'adresse pour aimer. L'on épuise tous les jours les manières de plaire ; cependant il faut plaire, et l'on plaît.
Quoique ce soit une même passion, il y faut de la nouveauté ; l'esprit s'y plait, et qui sait la procurer, sait se faire aimer.
Les femmes aiment à apercevoir une délicatesse dans les hommes, et c'est, ce me semble, l'endroit le plus tendre pour les gagner. L'on est aise de voir que mille autres sont méprisables et qu'il n'y a que nous d'estimables.
Les qualités d'esprit ne s'acquièrent point par l'habitude ; on les perfectionne seulement. De là, il est aisé de voir que la délicatesse est un don de nature, et non pas une acquisition de l'art.
A mesure que l'on a plus d'esprit, l'on trouve plus de beautés originales ; mais il ne faut pas être amoureux, car, quand l'on aime, l'on n'en trouve qu'une.
Tant plus le chemin est long dans l'amour, tant plus un esprit délicat sent de plaisir.
Le premier effet de l'amour, c'est d'inspirer un grand respect ; l'on a de la vénération pour ce que l'on aime. Il est bien juste : on ne reconnaît rien au monde de grand comme cela.
Les auteurs ne nous peuvent pas bien dire les mouvements de l'amour de leurs héros : il faudrait qu'ils fussent héros eux-mêmes.
L'égarement à aimer en divers endroits est aussi monstrueux que l'injustice dans l'esprit.
L'on adore souvent ce qui ne croit pas être adoré, et l'on ne laisse pas de lui garder une fidélité inviolable, quoiqu'il n'en sache rien. Mais il faut que l'amour soit bien fin ou bien pur.
Ce qui fait que l'on va si loin dans l'amour, c'est que l'on ne songe pas que l'on a besoin d'autre chose que de ce que l'on aime : l'esprit est plein ; il n'y a plus de place pour le soin ni pour l'inquiétude.
Le respect et l'amour doivent être si bien proportionnés, qu'ils se soutiennent sans que ce respect étouffe l'amour.
Les grandes âmes ne sont pas celles qui aiment le plus souvent ; c'est d'un amour violent que je parle : il faut une inondation de passion pour les ébranler et les remplir. Mais, quand elles commencent à aimer, elles aiment beaucoup mieux.
L'on ne peut presque faire semblant d'aimer que l'on ne soit bien près d'être amant, ou du moins que l'on n'aime en quelque endroit ; car il faut avoir l'esprit et les pensées de l'amour pour ce semblant, et le moyen de bien parler sans cela ?
La vérité des passions ne se déguise pas si aisément que les vérités sérieuses. Il faut du feu, de l'activité et un feu d'esprit naturel et prompt pour la première ; les autres se cachent avec la lenteur et la souplesse, ce qu'il est plus aisé de faire.
A mesure que l'on a plus d'esprit, les passions sont plus grandes, parce que les passions n'étant que des sentiments et des pensées, qui appartiennent purement à l'esprit, quoiqu'elles soient occasionnées par le corps.