Auteur

Bernard Minier

La révolution numérique était en train de bâtir brique par brique le rêve millénaire de toutes les dictatures - des citoyens sans vie privée, qui renonçaient d'eux-mêmes à leur liberté...
Les gens sont naïfs... La plupart évoluent dans le cyberespace comme des touristes américains qui, dans un rade mexicain, poseraient leurs portefeuilles, leurs clés de voiture et leurs cartes bancaires sur la table.
Chaque foyer a ses règles tacites. Chaque famille est un pays et un gouvernement à lui tout seul, où règnent des lois qui n'ont pas cours dans la maison d'à côté, des dizaines de petites conventions et d'habitudes qui, à l'abri des regards, assurent son unité.
L'orque nomade est le plus cruel des mammifères marins mais l'homme nomade est le plus cruel des mammifères tout court.
Ce qu'il y a de plus important quand on a seize ans, ce n'est pas tant d'être, c'est d'avoir l'air .
Quand la vie vous écrase, quand le poids de la douleur est trop important, on a tendance à vouloir s'aplatir pour lui échapper, à s'asseoir, à se coucher par terre, à se rapprocher du sol.
C'était l'avantage d'avoir des ados pour cible : Internet était le centre de leur monde. Contrairement aux gens de sa génération, il ne constituait pas pour eux un domaine périphérique, mais bien le coeur de leur activité, de leurs affects et de leur existence. L'endroit où tout se passait, où ils se confiaient, se faisaient de nouveaux amis, stockaient leurs infos les plus personnelles et se mettaient à nu. Il était impensable qu'un ado de seize ans n'eût pas recours à Internet pour communiquer et exister.
L'opéra, c'est le domaine de l'émotion pure. Quand la passion, le chagrin, la souffrance, la folie atteignent un tel degré de saturation que les mots deviennent impuissants à les exprimer. Que seul le chant y parvient. Cela dépasse les limites de l'entendement, de la logique : c'est indescriptible...
C'était quoi la phrase d'Audiard déjà ? « Heureux les fêlés car ils laisseront passer la lumière. »
Avec le développement d'Internet, les stalkers – un anglicisme pour désigner les harceleurs névrotiques – pouvaient désormais débusquer leurs cibles hors du cadre familial ou de l'entreprise. Le Web avait démocratisé cette activité-là aussi : on ne s'en prenait plus seulement à des personnalités en vue, comme Madonna ou Jodie Foster ; tout le monde pouvait devenir la cible de tout le monde…
Il ne faut pas oublier que nos sens sont fortement sollicités pendant cette période, avec les vitrines des magasins, les décorations dans les rues, la publicité… Notre subconscient est bombardé de stimuli. Pour une personne qui n'aiment pas Noël parce qu'elle sait qu'elle sera seule, qu'elle a vécu une séparation ou un deuil ou qu'elle est sans ressources, ces stimuli sont une source permanente de conflit entre l'injonction sociétale d'être gai et sa situation réelle. Et puis, Noël ramène à la surface toutes les joies mais aussi toutes les ombres de l'enfance.
Noël ramène à la surface toutes les joies mais aussi toutes les ombres de l'enfance.
Une enquête au long cours, c'était comme un nouvel alphabet à déchiffrer : certains mots étaient plus importants que d'autres mais au départ, rien ne permettait de les distinguer.
Dans ce pays, les gens n'étaient pas curieux. A force de fixer les écrans de leurs tablettes et de leurs smartphones et d'éviter le regards des autres, ils se comportaient comme des zombies.
Cette nuit-là, elle comprit que les villes renferment différentes sortes d'enfers, des enfers de tailles et d'aspects variés, mais dont la principale torture, comme dans la phrase de Sartre, vient de ceux qui les peuplent.
Servaz se remémora une phrase de George Orwell dans 1984 : « Le pouvoir est de déchirer l'esprit humain en morceaux. »
Notre lit, ce canot de sauvetage sur les flots inquiétants de la nuit.
Nous changeons. Tous. Irrémédiablement. Une part de nous-mêmes reste identique: le noyau, le coeur pur venu de l'enfance, mais tout autour s'accumulent tant de sédiments. Jusqu'à défigurer l'enfant que nous étions, jusqu'à faire de l'adulte un être si différent et si monstrueux que, si l'on pouvait se dédoubler, l'enfant ne reconnaîtrait pas l'adulte qu'il est devenu - et serait sans doute terrifié à l'idée de devenir cette personne-là.
La liberté comme la santé ne sont vraiment appréciées que lorsqu'on en a été longtemps privé.
On peut pisser sur le peuple s'il croit que c'est de la pluie.
Les yeux bleus vont aux cieux, les yeux gris au paradis, les yeux verts vont en enfer, les yeux noirs au purgatoire.
Et Victor Hugo en devient lumineux : « Ami est quelquefois un mot vide de sens, ennemi jamais » !
Il soupira en songeant que des pays entiers étaient sur le point de s'écrouler, les quatre cavaliers de l'Apocalypse avaient pour nom finance, politique, religion et épuisement des ressources, et ils cravachaient ferme - mais la fourmilière continuait de danser sur le volcan et de se passionner pour des choses aussi insignifiantes que le football.
Il n'y a que la poésie pour dire l'incapacité de l'homme à appréhender le sens de notre passage sur cette terre, dit-il. Et pourtant, si on lui donne le choix, l'humanité préférera toujours le football à Victor Hugo.
Il avait deviné un homme qui, comme lui, détestait la vulgarité des loisirs modernes, la stupidité consumériste des générations actuelles, la pauvreté de leurs centres d'intérêt et de leurs goûts, la platitude de leurs idées, leurs comportements moutonniers et leur incurable philistinisme.

Œuvres de Bernard Minier

Glacé (2011)La Vallée (2020)Le cercle (2012)M, le bord de l'abîme (2019)N'éteins pas la lumière (2014)Soeurs (2018)Une putain d'histoire (2015)