Le fleuve, survolé de mouettes, était comme un tapis uni tiré par une main invisible. Sur la berge, des vaguettes, sans dentelure aucune, d'un bloc comme du velours qu'on déploie, venaient mourir.
Vouloir est le levier magique de toutes les brillantes situations.
L'originalité de l'Afrique noir, c'est l'homme nu ; son génie, c'est la femme à plateau.
Dans l'évolution de l'espèce humaine, de singe on devient Noir, Rouge, Jaune, puis Blanc.
Une jambe cassée donne une autre démarche.
Un lion même mort effraie encore plus qu'une brebis.
L'homme instruit est un lion.
Un amour imposé n'est jamais durable.
Le soleil a beau luire, tant qu'il luit sur des misères, il ne réchauffe jamais les coeurs.
J'attendais cette phrase que le micro annonce : « les passagers pour Paris »… Les gens nous regardent nous précipiter sur le terrain. Oui, moi aussi je pars pour Paris, Messieurs ! Et cela me classe. Je suis le seul Nègre parmi tant de voyageurs blancs. Je prends place près d'un hublot. Personne ne veut s'asseoir près de moi. Tous les voyageurs passent en regardant le siège vide près du mien. Par affinité, ils vont s'asseoir près des autres passagers, afin qu'il y ait ton sur ton. Et je les comprends, je fais ainsi souvent, mais, ce soit je me rends compte jusqu'à quel point les couleurs divisent les hommes. Un passagers qui a dû prendre son courage à deux mains devient mon voisin. On ne se parle pas. Voisins quand même.
Je suis le seul Nègre parmi tant de voyageurs blancs. Je prends place près d'un hublot. Personne ne veut s'asseoir près de moi. Tous les voyageurs passent en regardant le siège vide près du mien. Par affinité, ils vont s'asseoir près des autres passagers, afin qu'il y ait ton sur ton. Et je les comprends, je fais ainsi souvent, mais, ce soit je me rends compte jusqu'à quel point les couleurs divisent les hommes.
La Parisienne ne nous trompe pas en se fardant. Elle entend tromper le temps ; elle veut l'user, le décourager, le vaincre. Mais y a-t-il au monde un élément plus patient, plus têtu, plus cruellement têtu que le temps ?
Lorsque Dieu créa les hommes, il les mit à cuire dans un four. Dès les premières flammes, le blanc se sauva, puis les autres le suivirent à mesure que la température montait. Seuls nous autres, bravement, pour prouver à Dieu qu'Il venait de créer des hommes, restâmes dans le four jusqu'à ce que Dieu jugeât l'épreuve suffisante. J'ai donc toujours cru que ces hommes blancs avaient un corps froid. Erreur dont il faut revenir. Ils ont le corps chaud, et d'une chaleur douce, égale, délicate. Gardons-nous de juger sur l'apparence, sur la peau.
Lorsque Dieu créa les hommes, il les mit à cuire dans un four. Dès les premières flammes, le blanc se sauva, puis les autres le suivirent à mesure que la température montait. Seuls nous autres, bravement, pour prouver à Dieu qu'Il venait de créer des hommes, restâmes dans le four jusqu'à ce que Dieu jugeât l'épreuve suffisante.
Si nous confions la garde de nos villages à des génies, les Parisiens laissent ce soin à des espèces de guerriers d'une importance considérable. Personne n'entreprend une action, ne fait un geste sans penser à eux. On les appellent journalistes. Une race turbulente, à l'origine obscure.
On les appellent journalistes. Une race turbulente, à l'origine obscure. […] Des gens à l'esprit fort curieux et à la plume hardie, alerte, faisant uniquement métier d'écrire. En somme des espèces de paresseux ne sachant absolument rien faire de leurs dix doigts, mais dont la tête toujours travaille, travaille si bien qu'elle est toujours chaude.
Ces journalistes qui se posent en censeurs et s'arrogent le droit de trancher de tout, de tuer un homme ou de le porter aux nues selon leur humeur du jour, ne sont point crieurs publics, ni batteurs de tam-tams. La complexité de leur caractère autorise à dire qu'ils sont les deux à la fois car souvent un seul article fait plus de bruit que huit tam-tams déchaînés et lorsqu'ils se mettent en tête d'orchestrer une affaire, ils n'y vont jamais de main morte.
Nous avons nos génies ; ils ont ici leur journalistes : et tous nous font trembler parce que nous ne savons jamais ce qu'ils pensent. Une affaire les intéresse-t-elle ? Ils la montent en épingle. Dans le cas contraire ils font autour d'elle la grande conspiration du silence.
Ne pense pas que le Parisien qui regarde poétiquement couler la seine en suivant sa ligne, soit quelqu'un de simple. Il est un tissu de contradictions. Euh, n'y a-t-il pas en lui du Wisigoth, du Goth, de l'Alaman, du Franc, et du Parisien? Lorsque vous l'abordez de face, de dos, de gauche ou de droite, c'est l'un ou l'autre de ces aspects que vous rencontrez. Et c'est pourquoi les jugements qu'on émet sur lui sont si contradictoires.
Tout est mis en œuvre pour faire circuler l'argent, fouetter le commerce, déchaîner les appétits, aigrir les gens, activer les compétitions, creuser les fossés entre les différentes classes. Les uns manquent de tout et les autres ne savent que faire du superflu.
Que sont cent ans dans le cours des choses ? Nous naissons, nous vivons et nous mourons. Point besoin n'est de se tracasser avec les mois et les ans. Que l'on compte ou non, on mourra. C'est une fatalité. Mieux vaut s'en aller en ne sachant même pas combien de temps on a passé sur la terre.
L'homme peut ainsi se définir : un être cherchant constamment à se faire distinguer.
Les Parisiens mènent leur existence trépidante faite de privations, de refoulement. Ils se demandent où cette civilisation les mène, au rythme de ses machines, lorsque malgré l'abondance, il y a des gens mal nourris, mal vêtus. Les machines, lancées, tournent et tout le pays avec elles, comme pris de vertige. Le mal du siècle est de tourner, de produire le plus possible, de créer des richesses. L'homme est devenu un rouage ; et on lui donne tout juste ce qu'il faut pour jouer son rôle, tourner aussi.
Aux murs, des statues de saints et parmi eux pas un seul Noir. Je te le répète. Nous n'avons pas encore droit de cité dans le Paradis. Nous devons sans doute effrayer terriblement saint Pierre qui nous dirigerait plutôt vers Belzébuth à cause de la couleur de notre peau.
L'homme est devenu un rouage ; et on lui donne tout juste ce qu'il faut pour jouer son rôle, tourner aussi.
Œuvres de Bernard Dadié