Auteur

Bernard Dadié

Nous sommes tous ainsi faits du reste, à traîner des poids de toutes les sortes et à ne pas toujours pouvoir les dominer. Un monde de clans où aucune place n'est faite aux hommes libres sans préjugés, sans oellières.
Le Christ agonisant ne cessait de dire à ses disciples : « Aimez-vous les uns, les autres ». Il connaissait l'homme, toi, moi, nous. Ce Dieu de douceur, de bonté, cet agneau divin devait avoir des disciples intraitables sur le chapitre de l'amour. Il avait dit de tendre constamment la joue. On ne savait plus laquelle tendre lorsque les deux avaient reçu leur part de gifles. Il n'était plus là pour résoudre le problème.
Sommes-nous réellement dans un régime de liberté d'opinion ? L'homme est-il respecté comme il devrait l'être ? Ne veut-on pas faire de lui un robot, un perroquet, un mannequin ? Ne tend-on pas à lui enlever ce qui donne du prix à sa vie : le droit de penser librement.
Or où est la liberté, la tolérance, lorsqu'on voudrait que les hommes pensent de la même façon, prient de la même façon, dansent de la même façon, et plus grave encore, rêvent de la même façon. Heureusement que la diversité demeure et nous permet chaque fois de chercher la longueur d'onde de l'interlocuteur.
La démocratie sur nos bords a pris une couleur étrange qui assombrit notre ciel, et pose de nouveaux poids sur nos poitrines.
Ne sommes-nous pas dans un pays neuf ? Et un pays neuf n'est-il pas une contrée où l'esprit ne peut avoir de place tant que les appétits ne seront pas satisfaits ?
Il faut investir, il faut chercher la rentabilité. Or tu le sais bien, l'esprit ne peut s'investir encore moins produire des dividendes. Il est une flamme et personne n'aime une flamme qui n'est pas à son service, dans son foyer, dans son être.
L'esprit ne peut s'investir encore moins produire des dividendes. Il est une flamme et personne n'aime une flamme qui n'est pas à son service, dans son foyer, dans son être.

Œuvres de Bernard Dadié

Climbié (2003)Le Pagne noir (1955), La CrucheUn Nègre à Paris (1959)