L'amour dit-on, donne de l'esprit aux bêtes, c'est sans doute celui qu'il ôte aux gens d'esprit.
De tous temps, en France, les femmes ont eu le pouvoir et les choses; les hommes, les titres et les noms; les femmes ont tout fait; les hommes n'ont été que leurs éditeurs responsables.
La femme la plus décidée à ne pas accueillir l'amour, veut avoir au moins à le repousser.
La Providence qui est le nom chrétien, le nom de baptême, du hasard.
On n'invente qu'avec le souvenir.
La patrie est en danger, mangeons du veau.
La propriété littéraire est une propriété.
Quand je cherche à me rappeler tous les bonheurs de ma vie, je reconnais qu'il n'y en a guère que j'aie prévus et atteints à la course. Les bonheurs sont comme le gibier: quand on les vise de trop loin, on les manque.
Le bonheur n'est pas un diamant gros comme une maison, c'est une mosaïque de petites pierres dont aucune souvent n'a une valeur générale et réelle pour les autres. Ce gros diamant, cette rose bleue, ce gros bonheur, ce bonheur monolithe, est un rêve.
Les bonheurs que je me rappelle je ne les ai pas poursuivis ni cherchés au loin, ils ont poussé et fleuri sous mes pieds, comme les pâquerettes de mon gazon.
Chaque homme possède trois caractères: Celui qu'il montre, celui qu'il a, celui qu'il croit avoir.
Les hommes, presque tous, ne savent pas vieillir - Et, comme certains fruits, pourrissent sans mûrir.
Les savants sont des hommes qui, dans leurs plus grand succès, n'arrivent qu'à s'embourber un peu plus loin que les autres hommes, mais ils s'embourbent davantage.
Il y a des amusements pour l'âge mûr comme il y en a pour l'enfance. La jeunesse n'a pas d'amusements, elle les méprise; elle n'en veut pas, elle exige des bonheurs.
L'âge mûr veut absolument qu'on partage ses amusements; cela vient de ce que ces amusements sont ennuyeux. En effet, lesdits amusements consistent à relire pour la centième fois les mêmes livres latins ou grecs.
Voyez un savant entrer dans une riante prairie ou dans un jardin parfumé, et écoutez-le; vous prendrez le jardin ou la prairie en horreur.
Il y a des moments où je me demande si par hasard notre esprit ne serait pas ainsi tourné que nous appelions pauvreté ce qui est splendeur et richesse, et opulence ce qui est misère et dénûment.
Avoir n'est-il pas la racine d'avarice? Combien faudrait-il de volumes pour dire les lâchetés et les crimes commis pour avoir!
Belles études! apprendre des mots, toujours des mots, rien que des mots; parler des choses sans savoir les choses; dire correctement des sottises! voilà l'emploi de toute la jeunesse.
On comprend très bien que l'amour se décide à la première vue, mais l'amitié ne peut naître que d'une longue habitude.
L'amour, dans le mariage, serait l'accomplissement d'un beau rêve, s'il n'en était trop souvent la fin.
Le malheur est lourd seulement quand on le porte seul ; la douleur partagée avec un ami n'est pas une douleur, elle a quelque chose de voluptueux pour le coeur ; elle rapproche deux amis, par cela même qu'elle isole des autres hommes.
Quand on est heureux, il semble que l'on en soit fier ; que le bonheur n'est pas jeté au hasard, mais que le choix que la fortune fait de vous pour vous caresser est une preuve et un témoignage de votre mérite.
C'est l'amour seul qui vous fait pauvre avec orgueil, et remplit votre vie de bonheurs gratuits.
Chacun veut avoir un ami, mais personne ne veut être l'ami d'un autre.
Œuvres de Alphonse Karr
300 pages - Mélanges philosophiquesClothilde (1839)Clovis Gosselin (1851)Einerley (1838)En fumantEn fumant (1861)Encore les femmesGeneviève (1838)Hortense (1841)La Maison de l'ogre (1890)La Pénelope normande (1860)Le chemin le plus court (1836)Le livre de bord : souvenirs, portraits, notes au crayonLes Femmes (1853)Les GuêpesLes Guêpes (cinquième série), février 1844Les Guêpes (cinquième série), juillet 1844Les Guêpes (cinquième série), mars 1844Les Guêpes (cinquième série), novembre 1843Les Guêpes (deuxième série), Avril 1841