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Alix de Saint-André

Il n'existe plus de religieuses à l'école Saint-André ni ailleurs dans l'enseignement privé. Les bonnes soeurs y sont une race en voie d'extinction que personne n'a songé à protéger.
La foi, c'est croire qu'il y aura un bar au prochain village, l'espérance qu'il sera ouvert, et la charité que tu m'y paieras un verre.
« Tu as la montre, et moi j'ai le temps », avait dit un berger du Mali, il y a vingt ans, à un copain photographe qui me l'avait rapporté. C'était très juste.
Le chemin n'est pas fait pour aller vite d'un point A à un point B, il est fait pour se perdre, et perdre du temps. Ou prendre son temps, sil l'on veut. Retrouver un monde à taille humaine et ses humains habitants. Ses animaux et ses végétaux. Chaque nouvelle erreur est une nouvelle rencontre, chaque pas sur un sentier en creuse davantage l'existence sur la croûte terrestre, et l'on zigzague autour de la modernité à quatre kilomètres à l'heure.
Mon père est mort. Je ne m'imaginais pas que je pourrais un jour écrire une phrase aussi simple et aussi terrible que : « Mon père est mort.»
Le chemin accroche, envoûte, enchante… On n'a pas envie de retourner à Saint-Jacques, mais de retourner sur le chemin. On se retrouve dans un univers spécial, où les rapports entre les gens sont différents, où tout le monde marche à 4 km/h sur des sentiers parallèles à la vie normale, se tutoie, s'appelle par son prénom, parce qu'on appartient tous à la même classe sociale qui est « pèlerin ».
Il est plus facile de parler aux morts qu'aux vivants.
Le pèlerin n'habite pas les paysages, il les traverse, et à moins qu'ils ne soient insistants sur des dizaines de kilomètres, comme les plateaux de Castille, il n'a pas le temps de s'en imprégner.
Un écrivain, c'est quelqu'un qui fume trop, qui boit trop, et qui écrit moins que personne.
L'Espagne est le pays où Jésus est mort. Et où nous reste sa mère. Tout au long du chemin, Marie veille, et à la longueur des chapelets, c'est elle qu'on prie et qu'on implore, à qui l'on chante, à qui l'on parle. Jésus est mort, et il nous a confié à sa mère, comme il lui avait confié, au pied de la croix, le jeune Jean.
Un poète a dit, madame, que l'enchantement n'était pas dans la nature, mais dans le regard émerveillé de celui qui la contemple...
Les plus grands destins ont commencé par un tout petit pas.Suffit de mettre un pied devant l'autre et de recommencer. Ouais...
Je pense aussi que nous sommes les rouages d'une horlogerie céleste. En plantant la pointe de nos bâtons dans le sol pour le repousser derrière nous, en une file ininterrompue et obstinée, nous, les pèlerins de Saint-Jacques, depuis des siècles, nous faisons tourner la terre. Tout simplement.
La montagne n'est pas une pyramide qu'on grimpe d'un côté pour redescendre de l'autre, avec un versant nord et un versant sud ; c'est un paysage qui n'arrête pas de monter et de descendre. Toutes les montagnes sont russes. Y compris les Pyrénées espagnoles.
Le chemin de Saint-Jacques n'était pas une simple randonnée, et je ne l'avais jamais considéré comme telle. C'était une épreuve de réalité en trois dimensions, où l'on apprenait d'abord à ne pas faire le malin : Dieu, qu'il existe (ou) et pas, restait la question centrale de mon existence. La seule qui m'intéresse vraiment, et le personnage principal qui m'attendait sur la route, si j'acceptais trois minutes d'être honnête avec moi-même.
Si la bière est la preuve de l'existence de Dieu, essaie le rioja, c'est la preuve que Dieu est bon !
Malraux me souffla de lui dire que le seul tombeau des héros était le cœur des vivants...
Les choses les plus importantes dans la vie sont celles qu'on ne vous enseigne pas : vivre à deux, et élever ses enfants.
Les personnes qui vont à la messe en semaine sont des catholiques professionnels, des enfants d'Eve en exil, exsules filii Evae, et la Sainte Vierge demeure leur secret d'amour le mieux partagé.
Si j'avais fait des photos, et que je puisse aujourd'hui les regarder, je ne décrirais pas les paysages mais des clichés.
Cependant, pour la défense du métier d'écrivain, je dirais que nous n'essayons pas d'enterrer les morts, mais de les ressusciter.
Le matin, le soleil déversait des louches de miel sur les terres de Castille, où nous suivions nos longues ombres noires.
Toute vie humaine est un pèlerinage.
La santé est la vie dans le silence des organes.
L'avantage de parler avec des Parisiens, c'est qu'ils savent déjà tout.

Œuvres de Alix de Saint-André

En avant, route ! (2010)Il n'y a pas de grandes personnes (2007)