Le pèlerin n'habite pas les paysages, il les traverse, et à moins qu'ils ne soient insistants sur des dizaines de kilomètres, comme les plateaux de Castille, il n'a pas le temps de s'en imprégner.

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Mon père est mort. Je ne m'imaginais pas que je pourrais un jour écrire une phrase aussi simple et aussi terrible que : « Mon père est mort.»
Cependant, pour la défense du métier d'écrivain, je dirais que nous n'essayons pas d'enterrer les morts, mais de les ressusciter.
Il est plus facile de parler aux morts qu'aux vivants.
Le chemin de Saint-Jacques n'était pas une simple randonnée, et je ne l'avais jamais considéré comme telle. C'était une épreuve de réalité en trois dimensions, où l'on apprenait d'abord à ne pas faire le malin : Dieu, qu'il existe (ou) et pas, restait la question centrale de mon existence. La seule qui m'intéresse vraiment, et le personnage principal qui m'attendait sur la route, si j'acceptais trois minutes d'être honnête avec moi-même.
« Tu as la montre, et moi j'ai le temps », avait dit un berger du Mali, il y a vingt ans, à un copain photographe qui me l'avait rapporté. C'était très juste.
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La foi, c'est croire qu'il y aura un bar au prochain village, l'espérance qu'il sera ouvert, et la charité que tu m'y paieras un verre.
« Tu as la montre, et moi j'ai le temps », avait dit un berger du Mali, il y a vingt ans, à un copain photographe qui me l'avait rapporté. C'était très juste.
Le chemin n'est pas fait pour aller vite d'un point A à un point B, il est fait pour se perdre, et perdre du temps. Ou prendre son temps, sil l'on veut. Retrouver un monde à taille humaine et ses humains habitants. Ses animaux et ses végétaux. Chaque nouvelle erreur est une nouvelle rencontre, chaque pas sur un sentier en creuse davantage l'existence sur la croûte terrestre, et l'on zigzague autour de la modernité à quatre kilomètres à l'heure.
Mon père est mort. Je ne m'imaginais pas que je pourrais un jour écrire une phrase aussi simple et aussi terrible que : « Mon père est mort.»
Le chemin accroche, envoûte, enchante… On n'a pas envie de retourner à Saint-Jacques, mais de retourner sur le chemin. On se retrouve dans un univers spécial, où les rapports entre les gens sont différents, où tout le monde marche à 4 km/h sur des sentiers parallèles à la vie normale, se tutoie, s'appelle par son prénom, parce qu'on appartient tous à la même classe sociale qui est « pèlerin ».