Plus les choses sont dures, plus on leur donne des noms faibles.
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Votre suicide était réussi, comme tous les suicides ratés. Vous aviez perdu bien plus que la vie : la parole, le goût de le parole claire, l'amour de la parole vraie. Vous étiez devant la parole comme un enfant malade devant la nourriture.
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À lire aussi de Christian Bobin
On presse de plus en plus les enfants de vieillir et les vieillards de rajeunir. On leur propose de rejoindre cette classe pour laquelle seule tout est fait, la classe des jeunes adultes consommateurs.
Dieu tenait au dix-septième siècle la place qu'aujourd'hui tient l'argent. Les dégâts étaient moindres.
Les écureuils, dit-on, amassent leur nourriture dans des cachettes qu'ensuite ils ne savent plus retrouver. Un tel oubli me semble lumineux et mystérieusement sage.
Les imbéciles manquent d'amour pour voir et pour entendre, c'est à ce manque qu'on les reconnaît.
Dans la même œuvre
Une vie sans lecture est une vie que l'on ne quitte jamais, une vie entassée, étouffée de tout ce qu'elle retient.
Le bonheur va avec le malheur, la joie va avec la peine. Ce qui vous arrive ne va avec rien, ou bien avec tout.
Au lever de la vie, à l'aurore des yeux, on avale la vie par la bouche, par les mains, mais on ne tache pas encore ses yeux, avec de l'encre.
La muraille entre les riches et les pauvres est visible. Elle peut se déplacer ou s'effondrer par endroits. La muraille entre les lecteurs et les autres est bien plus enfoncée dans la terre, sous les visages.
A quoi reconnaît-on les gens fatigués? A ce qu'ils font des choses sans arrêt.