Ce doit être un immense soulagement, et une échappatoire facile, de penser que le diable est toujours hors de nous.
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Un pays natal, on l'adore, bien sûr ; parfois il peut aussi être exaspérant et déroutant. Pourtant j'ai fini par apprendre que pour les écrivains et les poètes qui estiment que les frontières nationales et les barrières culturelles doivent être remises en question, encore et encore, il n'y a en vérité qu'une seule terre natale, perpétuelle et portable. Le pays des histoires.
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Toute doctrine crée son opposition. Là où il y a beaucoup de saints, il y a forcément beaucoup de pêcheurs !
Dans le domaine de la maternité, toutes les portes sont grandes ouvertes. De jour comme de nuit, été comme hiver. On y circule comme dans un moulin. Les enfants entrent par n’importe quelle porte et se promènent à leur guise. Finis les coins secrets, finis les refuges. C’en est fini des subterfuges et de la sacro-sainte intimité. Désormais, plus de « chambre à soi » où se retirer pour écrire.
Dans divers coins du monde, on est ce qu’on dit et ce qu’on fait, mais aussi ce qu'on lit ; en Turquie, comme dans tous les pays hantés par les problèmes d’identité, on se définit, d’abord, par ce qu’on rejette. Apparemment, plus les gens s’en prenaient à un auteur, moins ils avaient lu ses livres.
Une phrase d’Anaïs Nin me revient à l’esprit: « Une vie ordinaire ne m’attire pas. » (…) Elle mena une vie désordonnée et eut toujours plusieurs relations en même temps. Son mari était au courant et fermait les yeux. « La largesse ou l’étroitesse de notre existence dépend de l’audace que nous avons », disait-il. Mais pourquoi est-ce que nous recherchons, pourquoi est-ce que je recherche toujours « la largesse de l’existence » à l’extérieur ? Pourquoi suis-je persuadée que la vie devient étriquée lorsqu’elle prend un tour domestique, apprivoisé, et qu’elle est plus vaste lorsqu’elle est chaotique et tournée vers l’extérieur ? Est-ce réellement ainsi ?
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Le problème aujourd'hui, c'est que le monde attache plus de valeur aux réponses qu'aux questions. Mais les questions devraient compter bien davantage ! Je crois au fond que je veux faire entrer le diable à l'intérieur de Dieu et Dieu à l'intérieur du diable