La mer nous a pris. Elle est verte, grise, noire, crêtée de blanc, elle nous ramasse sur son dos d'un coup de rein comme une bête habituée à ses parasites et nous jaillissons à sa cadence. C'est elle qui choisit son allure. Si elle rue, on se cramponne et ça repart.
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Sur le sol terrestre, aujourd'hui, on produit, méthodiquement. Dans le milieu océanique on exploite, aveuglément.
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À lire aussi de Anita Conti
Au-dessus de nous, l'espace ; au-dessous, un miroir ; la surface des eaux est pareille au regard de beaux yeux ouverts ; on s'y perd sans comprendre.
Ils ont suivi la lumière, son étrange modification à travers des couches d'eau qui sont comme autant de filtres, et ils sont revenus à notre existence quotidienne avec des regards de songe et la nostalgie d'un corps délié des lois aériennes de la pesanteur.
En pleine mer, à des milles de tout lieu habité, nous sommes soudain dans l'étrange monde d'une industrie à la fois parfaitement mécanisée et primitivement sauvage. Dans un cirque de monstres affamés. Cramponné au-dessus de l'invisible, chacun danse à son cap, séparé du butin par une masse d'eau secouée.
En prenant son poste chaque homme sent la nécessité d'un minimum de droiture, et progressivement il s'initie à l'orgueil d'une servitude qui est une obligation vitale : ne faire que du bon travail, ou alors accepter le risque de crever comme un animal incapable jeté à l'eau. Il n'y a guère de demi-mesure en océan... On flotte, ou bien on ne flotte pas ! C'est tout.
Dans la même œuvre
La vie aime les masques, l'entêtement aveugle, les conventions, la tenue. Et moi aussi: je suis une brute correcte, savonnée, briquée, peignée! C'est un masque; sous le masque mon esprit est noyé d'incertitudes; il s'élance, se reprends, essaie de comprendre, s'avoue incapable. dessus, le masque tient bon.
La vie aime les masques, l'entêtement aveugle, les conventions, la tenue.
Ils ont suivi la lumière, son étrange modification à travers des couches d'eau qui sont comme autant de filtres, et ils sont revenus à notre existence quotidienne avec des regards de songe et la nostalgie d'un corps délié des lois aériennes de la pesanteur.
En prenant son poste chaque homme sent la nécessité d'un minimum de droiture, et progressivement il s'initie à l'orgueil d'une servitude qui est une obligation vitale : ne faire que du bon travail, ou alors accepter le risque de crever comme un animal incapable jeté à l'eau. Il n'y a guère de demi-mesure en océan... On flotte, ou bien on ne flotte pas ! C'est tout.
Il n'y a guère de demi-mesure en océan... On flotte, ou bien on ne flotte pas ! C'est tout.