Si tu attrapes un beau bonheur, un papillon rare, sans l'abîmer, si tu le prends dans ta paume et que tu la refermes pour l'emprisonner, il ne reste que de la poussière de bonheur sur les doigts, si tu le piques sur un bois il meurt. Il faut être comme l'arbre à papillons, prêt à accueillir le bonheur, et tu verras, il viendra sur ton épaule.

À lire aussi de Bernard Giraudeau

Je crois beaucoup plus en ce qui nous échappe qu'en ce que nous croyons saisir.
A quinze ans on ne sait pas grand-chose, on gobe encore, mais la graine de révolte germe doucement. Je soupçonnais qu'on avançait aussi avec les énergies de l'acquis et je ne rejetais pas cette connaissance des autres, cette transmission du savoir, mais je voulais sans le définir, un futur ouvert sans murs ni fenêtres même à franchir, pouvoir chevaucher la connaissance avec l'innocence et la virginité première, ne pas peindre ce qui a déjà été peint, défricher l'être et le monde, regarder autrement, ne pas être dans le déjà, la sclérose d'une pensée formatée, dans la nasse de la culture et des traditions. Je voulais ouvrir les mailles du filet et m'échapper des pages du livre écrit.
Attraper le bonheur, c'est vouloir retenir un papillon dans sa main ou le prendre avec un filet. Tu précipites le filet sur lui et il s'abîme, c'est un bonheur gâché. Si c'est un bonheur agile, on ne ne peut le faire prisonnier et l'on court sans fin, c'est une agitation inutile, le bonheur est parti. Parfois il se laisse prendre sans dommage, il ne s'est pas débattu et il reste bien sage, un peu frileux sous le filet. C'est un bonheur fragile, fatigué, malade peut-être. Si tu attrapes un beau bonheur, un papillon rare, sans l'abîmer, si tu le prends dans ta paume et que tu la refermes pour l'emprisonner, il ne reste que de la poussière de bonheur sur les doigts, si tu le piques sur un bois il meurt. Il faut être comme l'arbre à papillons, prêt à accueillir le bonheur, et tu verras, il viendra sur ton épaule.
Je vous espère parfois jalouse, un peu mordue par les mots, mais jamais douloureuse.
Sur la côte des naufrageurs, j'ai rêvé, enfant, ma vie d'homme comme un grand défricheur. Je cherchais les épaves au trésor. J'étais pirate autour d'un feu de bois flotté. Je regardais le ciel à l'envers dans les miroirs de lune. Au matin, je tenais le monde dans une poignée de sable que le vent éparpillait. Mes secrets dormaient au pied des citadelles et dans le creux des dunes.
Toutes les citations de Bernard Giraudeau →

Dans la même œuvre

L'amour, ça doit se lire tout de suite. Ce n'est pas une partie de cache-cache.
Il était prêt à faire et dire n'importe quoi pour tout effacer et recommencer sa vie de père et l'enfance de son garçon, mais il avait raté cette queue de singe au manège et elle ne repasserait plus.
Quel enfant n'a pas aimé trembler, la nuit sur les pentes herbeuses, à attendre le dahu, n'a pas chanté pour se donner du courage devant les monstres de l'imagi­naire, vaincre la peur en marchant bravement vers les ombres ?
Attraper le bonheur, c'est vouloir retenir un papillon dans sa main ou le prendre avec un filet. Tu précipites le filet sur lui et il s'abîme, c'est un bonheur gâché.
L'enfance a le mérite sublime de rester seulement curieuse de la vie.