Se mettre en danger sans même y penser, ne voir dans toute prise de risque que la promesse d'une intensité nouvelle, vivre plus fort, rien d'autre.

À lire aussi de Maylis de Kerangal

Surtout, elle ne pourra jamais dire merci, c'est là toute l'histoire.C'est techniquement impossible; merci, ce mot radieux chuterait dans le vide. Elle ne pourra jamais manifester une quelconque forme de reconnaissance envers le donneur et sa famille, voire effectuer un contre-don ad hoc afin de se délier de sa dette infinie, et l'idée qu'elle soit piégée à jamais la traverse.
Je me suis calée dans une écriture où je décris tout ce qui se passe. J'ai trouvé une très grande joie dans la description. Les personnages sont présents et s'incarnent par ce qu'ils montrent. C'est une écriture phénoménologique, qui prend en compte tout ce qui se manifeste. J'avais lu un livre de Jean-Louis Chrétien, La Joie spacieuse (éd. de Minuit), qui dit que les corps sont les messagers des psychés, que les gestes sont les porte-parole des intériorités. J'ai senti une forme de liberté à pouvoir poétiser la matière, une justesse et une confiance. A partir de là, tous mes livres se sont écrits sur ce mode.
Peu à peu, il se forme une idée précise de l'état du corps de Simon. Une forme d'appréhension l'envahit : s'il connaît les étapes et le balisage de la démarche qu'il engage, il sait aussi à quel point elle diffère d'une petite mécanique bien huilée, engrenage de phrases toutes faites et de biffures en diagonale sur une checklist. C'est la terra incognita.
Disons que j'ai un peu un gros nom... On m'a toujours dit que c'était un nom de roman, on m'a souvent interrogée pour savoir si c'était un pseudo. Quand même, avouez que ce serait mégalomane de choisir pour pseudo ce nom un peu « maousse », avec une particule, des K et des Y...
Cette nuit-là, elle s'endort avec les fleurs. L'homme la déshabille avec précaution, déplie un par un les pétales puis les dispose sur sa peau nue comme les écailles d'un poisson, puzzle végétal formant un manteau de cérémonie qu'il prend soin de parfaire, murmurant de temps à autre, ne bouge pas tu veux, alors qu'elle avait sombré depuis longtemps dans un délice cataleptique, ornée et soignée comme une reine.
Toutes les citations de Maylis de Kerangal →