Œuvre

Souvenirs d'enfance et de jeunesse (1883)

Les sonneries pieuses de l'Angélus du soir, se répondant de paroisse en paroisse, versaient dans l'air quelque chose de calme.
En fait, je n'ai d'amour que pour les caractères d'un idéalisme absolu, martyrs, héros, utopistes, amis de l'impossible.
Je m'habituai dès lors à suivre une règle singulière, c'est de prendre pour mes jugements pratiques le contre-pied exact de mes jugements théoriques, de ne regarder comme possible que ce qui contredisait mes aspirations.
L'essentiel dans l'éducation ce n'est pas la doctrine enseignée, c'est l'éveil.
Heureux les enfants qui ne font que dormir et rêver, et ne songent pas à s'engager dans cette lutte avec Dieu même !
En vérité, j'en viens à regretter la misérable part de liberté que dieu nous a donnée ; nous en avons assez pour lutter, pas assez pour dominer la destinée, tout juste ce qu'il faut pour souffrir.
Quand je vis l'Acropole, j'eus la révélation du divin.
La foi a cela de particulier que, disparue, elle agit encore.
Mais la liberté est comme la vérité : presque personne ne l'aime pour elle-même, et cependant, par l'impossibilité des extrêmes, on y revient toujours.