Œuvre

Soie (1997)

C'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre.
Il est où, exactement, ce Japon? Par là, toujours tout droit. Jusqu'à la fin du monde.
Il avait en lui la quiétude inentamable des hommes qui se sentent à leur place.
Elle gardait les lèvres entrouvertes, on aurait dit la préhistoire d'un sourire.
Elle pleuvait, sa vie, devant ses yeux, spectacle tranquille.
Nous sommes tous merveilleux, et nous sommes tous répugnants.
Reste ainsi, je veux te regarder, je t'ai tellement regardé, mais tu n'étais pas pour moi, et à présent tu es pour moi, ne t'approche pas je t'en prie, reste comme tu es, nous avons une nuit pour nous seuls, et je veux te regarder...
Parfois, les jours de vent, Hervé Joncour descendait jusqu'au lac et passait des heures à regarder, parce qu'il lui semblait voir, dessiné sur l'eau, le spectacle léger, et inexplicable, qu'avait été sa vie.
Son regard fixé sur les lèvres comme si elle étaient les dernières lignes d'une lettre d'adieu.