Œuvre

Si le grain ne meurt (1926)

Au vrai, le temple de nos coeurs était pareil à ces mosquées qui, du côté de l'orient, restent béantes et se laissent divinement envahir par les rayons, les musiques et les parfums.
Ce petit jardin fut le théâtre d'un pugilat. A l'ordinaire j'étais calme, plutôt trop doux et je détestais les peignées, convaincu sans doute que j'y aurais toujours le dessous.
La joie, en moi, l'emporte toujours; c'est pourquoi mes arrivées sont plus sincères que mes départs.
Les Mémoires ne sont jamais qu'à demi sincères, si grand que soit le souci de vérité: tout est toujours plus compliqué qu'on ne le dit. Peut-être même approche-t-on de plus près la vérité dans un roman.
Les difficultés d'un sujet, il est bon de ne les connaître qu'au fur et à mesure que l'on travaille; on perdrait coeur à les voir toutes d'un coup.
Le motif secret de nos actes, et j'entends: des plus décisifs, nous échappe; et non seulement dans le souvenir que nous en gardons, mais bien au moment même.
Le grand plaisir du débauché, c'est d'entraîner à la débauche.
Pourtant j'aime les compliments ; mais ceux des maladroits m'exaspèrent ; ce qui ne me flatte pas au bon endroit me hérisse.
Plutôt que d'être mal loué, je préfère ne l'être point. Facilement aussi je me persuade qu'on exagère ; une incurable modestie me présente aussitôt mes manques. Je sais ou je m'arrête et ou commence le défaut.
Je me persuadais que chaque être, ou tout au moins : que chaque élu, avait à jouer un rôle sur la terre, le sien précisément, et qui ne ressemblait à nul autre ; de sorte que tout effort pour se soumettre à une règle commune devenait à mes yeux trahison.
Les produits de croisement en qui coexistent et grandissent, en se neutralisant, des exigences opposées, c'est parmi eux, je croix, que se recrutent les arbitres et les artistes.
Je voudrais, pour parler de vous, inventer des mots plus vibrants, plus respectueux et plus tendres.