Œuvre
Quand Dieu boxait en amateur
On connaît la formule qu'avait écrite Montaigne lorsqu'il tentait de dire pourquoi La Boétie avait empli son coeur : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi. » Et vice versa, il va de soi. C'est l'image qu'on aura de mon père et de son ami Pierre : deux lierres à jamais enlacés.
Ça fait les hommes, la boxe, affirme sa mère. Tout comme la gnôle, les tranchées, l'enclume, ou le pas de l'oie. C'est pour ça qu'elle l'a inscrit au club, afin qu'il entre, en costaud, dans le troupeau des mâles, qu'il accède à l'âge adulte en gentleman couillu.
Toujours on sous-estime les gens qu'on aime trop, ou ceux qu'on aurait dû aimer encore bien davantage
Mon père ce héros. Mon roi d'éternité
On ne choisit pas son enfance, on s'acclimate aux pièces du puzzle, on bricole son destin avec les outils qu'on a sous la main
Ce sera son fils qui, plus tard, arrachera au Petit Larousse des mots d'or et de jade, de porphyre et de marbre, pour le glorifier. Le déifier.
Amour. Il l'épelle mentalement, s'étonne de la maigreur : trois voyelles et deux consonnes, ça ne pèse pas lourd pour les dégâts que ça fait
Vieillir est un naufrage. Qui a tué en moi ce qui faisait ma force, cette allure innocente, ce don sacré que j'avais de dire oui à la vie? Ce chant joyeux. Celui du forgeron face à l'enclume, du boxeur sur le ring, de Jésus sur sa croix.