Œuvre

Où on va, papa ? (2008)

Quand je pense que je suis l'auteur de ses jours, des jours terribles qu'il a passés sur Terre, que c'est moi qui l'ai fait venir, j'ai envie de lui demander pardon.
Quand on n'a pas eu de chance, il faut avoir le physique de l'emploi, prendre l'air malheureux, c'est une question de savoir-vivre.
Avec mes enfants, on ne craint jamais de se répéter, ils oublient tout. Avec eux, jamais de lassitude, ni d'habitude, ni d'ennui. Rien ne se démode, tout est nouveau.
Quand je parle de mes enfants, je dis qu'ils ne sont pas comme les autres. Ça laisse planer un doute. Einstein, Mozart, Michel-Ange n'étaient pas comme les autres.
Il paraît que les malheurs arrivent à ceux qui ne s'y attendent pas, à ceux qui n'y pensent pas. Alors, pour que ça n'arrive pas, on y a pensé...
Quand on n'a pas eu de chance, il faut prendre l'air malheureux, c'est une question de savoir-vivre. J'ai souvent manqué de savoir vivre...
Il faut les comprendre, ils sont obligés d'être sérieux toute la nuit, ils ont besoin, dans la journée, de se détendre. Alors ils font des bêtises.
Mathieu et Thomas n'auront jamais de Carte Bleue ni de carte de parking dans leur portefeuille. Ils n'auront jamais de portefeuille, leur seule carte, ce sera une carte d'invalidité.
Je ne comprends toujours pas pourquoi on félicite et récompense ceux qui ont des beaux enfants, comme si c'était leur faute. Pourquoi, alors, ne pas punir et mettre des amendes à ceux qui ont des enfants handicapés ?
Le plus beau cadeau qu'on puisse faire à un enfant, c'est de répondre à sa curiosité, lui donner le goût des belles choses. Avec Mathieu et Thomas, je n'ai pas eu cette chance.