Œuvre

Opium (1930)

Dès qu'un poète se réveille, il est idiot. Je veux dire intelligent.
La sagesse est d'être fou lorsque les circonstances en valent la peine.
L'opium dégage l'esprit. Jamais il ne rend spirituel. Il éploie l'esprit. Il ne le met pas en pointe.
L'opium nous désocialise et nous éloigne de la communauté. Du reste la communauté se venge. La persécution des fumeurs est une défense instinctive de la société contre un geste antisocial.
Nous sommes à une telle époque d'individualisme qu'on ne parle plus jamais de disciples; on parle de voleurs.
La société nomme dépravation le génie des sens et le condamne parce que les sens relèvent de la cour d'assises. Le génie relève de la cour des miracles. La société le laisse vivre. Elle ne le prend pas au sérieux.
Le génie est l'extrême pointe du sens pratique.
Je déteste l'originalité. Je l'évite le plus possible. Il faut employer une idée originale avec les plus grandes précautions pour n'avoir pas l'air de mettre un costume neuf.
Naturellement l'opium reste unique et son euphorie supérieure à celle de la santé. Je lui dois mes heures parfaites. Il est dommage qu'au lieu de perfectionner la désintoxication, la médecine n'essaye pas de rendre l'opium inoffensif.
Le diable représente en quelque sorte les défauts de Dieu. Sans le diable Dieu serait inhumain.
Plus on est avide, plus il est indispensable de reculer coûte que coûte les bornes du merveilleux.