Œuvre

Oeuvres complètes tome 3, Pensées

Dans les crises politiques, le plus difficile pour un honnête homme n'est pas de faire son devoir, mais de le connaître.
Il y a des lumières que l'on éteint en les plaçant sur le chandelier.
Les institutions les plus charitables ont été établies par des hommes austères, et détruites par des philanthropes.
On a sans doute de bonnes raisons pour ne pas croire en Dieu; mais il en faut de meilleures pour le dire.
Un déiste est un homme qui, dans sa courte existence, n'a pas eu le temps de devenir athée.
Partout où il y a beaucoup de machines pour remplacer les hommes, il y aura beaucoup d'hommes qui ne seront que des machines. L'effet des machines, en épargnant les hommes, doit être à la longue de diminuer la population.
C'est un grand danger pour la société, lorsque les méchants n'ont plus la ressource d'être hypocrites.
Ce ne sont pas les devoirs qui ôtent à un homme son indépendance, ce sont les engagements.
La liberté absolue de la presse est un impôt sur ceux qui lisent: aussi n'est-il demandé en général que par ceux qui écrivent.
Celui qui n'aurait pas à combattre contre ses penchants serait innocent plutôt que vertueux.
Les orgueils blessés sont plus dangereux que les intérêts lésés, et surtout plus incommodes, car on ne peut les mettre ni à la demi-solde ni à la retraite.
L'orgueil est une folie de l'esprit, et je crois qu'il peut être une cause de démence physique. Ce qui semble le prouver est que les fous rêvent presque toujours le pouvoir, et s'imaginent tous être de grands personnages, même rois ou papes.
Rapprocher les hommes n'est pas le plus sûr moyen de les réunir.
Les grandes propriétés sont les véritables greniers d'abondance des nations civilisées, comme les grandes richesses des corps en sont le trésor.
L'art de l'intrigue suppose de l'esprit et exclut le talent.
Les princes ont un singulier penchant à accorder à ceux qui demandent, à employer ceux qui se présentent, et à croire des talents à ceux qui s'en donnent.
Une révolution qui rendrait les hommes tous réellement souverains, ne les contenterait pas plus que celle qui les rendrait tous esclaves. Ce sont les inégalités qu'on aime, tout en prêchant l'égalité.
Ce ne sont pas les gens riches qui oppriment le peuple, mais ceux qui veulent le devenir.
Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas perdre leur temps tout seuls. Ils sont le fléau des gens occupés.
La comédie corrige les manières, et le théâtre corrompt les moeurs.
On nie la vérité, mais on ne croit pas l'erreur.