Œuvre

Obermann (1804)

Une volonté ennemie s'attache à me retenir dans un état de suspension et d'entraves, à me leurrer par des choses vagues et des espérances évasives.
Les moyens expéditifs ne produisent que l'ouvrage d'un jour.
On lui a rendu l'esprit faux, on l'a retenue sans cesse dans la terreur des devoirs chimériques; on ne lui a pas donné le moindre sentiment des devoirs réels.
L'homme qui travaille à s'élever est comme ces ombres du soir qui s'étendent pendant une heure, qui deviennent plus vastes que leurs causes, qui semblent grandir en s'épuisant, et qu'une seconde fait disparaître.
Beaucoup d'homme ont trop d'esprit pour ne pas s'ennuyer.
L'amour doit gouverner la terre que l'ambition fatigue. L'amour est ce feu paisible et fécond, cette chaleur des cieux qui anime et renouvelle, qui fait naître et fleurir, qui donne les couleurs, la grâce, l'espérance et la vie.
Je ne condamnerai point celui qui n'a pas aimé, mais celui qui ne veut pas aimer.
Ce qui séduit et passionne les coeurs, ce sont des beautés plus vagues et plus étendues encore, peu connues, jamais expliquées, mystérieuses et ineffables.
Des plaisirs sans choix dégradent l'homme, des plaisirs coupables le corrompent; mais l'amour sans passion ne l'avilit point.
J'ai passé dans le vide et les ennuis la saison heureuse de la confiance et de l'espoir. Partout comprimé, souffrant, le coeur vide et navré, j'ai atteint, jeune encore, les regrets de la vieillesse.
L'homme est périssable, il se peut. Mais périssons en résistant et si le néant nous est réservé, faisons que ce soit une injustice.