Auteur

Etienne Pivert de Senancour

Jouis, il n'est pas d'autre sagesse; fais jouir ton semblable, il n'est pas d'autre vertu.
L'homme est périssable. Il se peut; mais périssons en résistant, et si le néant nous est réservé, ne faisons pas que ce soit une justice!
Une volonté ennemie s'attache à me retenir dans un état de suspension et d'entraves, à me leurrer par des choses vagues et des espérances évasives.
Les moyens expéditifs ne produisent que l'ouvrage d'un jour.
On lui a rendu l'esprit faux, on l'a retenue sans cesse dans la terreur des devoirs chimériques; on ne lui a pas donné le moindre sentiment des devoirs réels.
La fraise est une des plus aimables productions naturelles: elle est abondante et salubre, elle mûrit jusques sous les climats polaires: elle me paraît dans les fruits, ce qu'est la violette parmi les fleurs, suave, belle et simple.
L'homme qui travaille à s'élever est comme ces ombres du soir qui s'étendent pendant une heure, qui deviennent plus vastes que leurs causes, qui semblent grandir en s'épuisant, et qu'une seconde fait disparaître.
Beaucoup d'homme ont trop d'esprit pour ne pas s'ennuyer.
L'amour doit gouverner la terre que l'ambition fatigue. L'amour est ce feu paisible et fécond, cette chaleur des cieux qui anime et renouvelle, qui fait naître et fleurir, qui donne les couleurs, la grâce, l'espérance et la vie.
Je ne condamnerai point celui qui n'a pas aimé, mais celui qui ne veut pas aimer.
Les sages, dit-on, vivant sans passion, vivent sans impatience; et comme ils voient toutes choses d'un même oeil, ils trouvent dans leur quiétude la paix et la dignité de la vie.
On ne trouve point dans Montaigne ce que l'on cherche, on rencontre ce qui se trouve. Il faut l'ouvrir au hasard et c'est rendre une sorte d'hommage à sa manière.
Ce qui séduit et passionne les coeurs, ce sont des beautés plus vagues et plus étendues encore, peu connues, jamais expliquées, mystérieuses et ineffables.
Très inquiets et plus ou moins malheureux, nous attendons sans cesse l'heure suivante, le jour suivant, l'année suivante. Il nous faut à la fin une vie suivante.
Sans Un, il n'y aurait ni deux, ni trois: l'unité est donc le principe universel. Un est infini par ce qui sort de lui; il produit co-éternellement deux et même trois, d'où vient tout le reste.
Des plaisirs sans choix dégradent l'homme, des plaisirs coupables le corrompent; mais l'amour sans passion ne l'avilit point.
Fatigué de lutter contre le malheur, l'infortuné s'appuie du moins sur l'espérance.
J'ai passé dans le vide et les ennuis la saison heureuse de la confiance et de l'espoir. Partout comprimé, souffrant, le coeur vide et navré, j'ai atteint, jeune encore, les regrets de la vieillesse.
Nous avons besoin de mêler à nos projets les plus sérieux un autre espoir, et l'amour le permet ; s'il donne rarement le bonheur, il y fait songer continuellement.
L'homme est périssable, il se peut. Mais périssons en résistant et si le néant nous est réservé, faisons que ce soit une injustice.
Jouis, il n'est pas d'autre sagesse fais jouir ton semblable, il n'est pas d'autre vertu.

Œuvres de Etienne Pivert de Senancour

Isabelle (1833)Obermann (1804)Obermann (1804), XLIIIObermann (1804), XLIVObermann (1804), XLVIIObermann (1804), XXXVIIIObermann (1804), lettre 59Obermann, lettre 90Rêveries sur la nature primitive de l'homme (1798)Sur les généralités actuellesSur les générations actuelles. Absurdités humaines (1793)