Œuvre
Ni d'Eve ni d'Adam (2007)
Ceux qui s'évadent meurent perdus dans un excès d'espace. C'est le paradoxe de l'infini: on pressent une liberté qui n'y existe pas. C'est une prison si grande qu'on n'en sort jamais.
La fuite donne la plus formidable sensation de liberté qui se puisse éprouver.
Dire à quelqu'un que c'est terminé, c'est laid et faux. Ce n'est jamais terminé. Même quand on ne pense plus à quelqu'un, comment douter de sa présence en soi? Un être qui a compté compte toujours.
Le concept de liberté est un sujet rebattu dont les premiers mots me font bâiller. L'expérience physique de la liberté, c'est autre chose.
Il y a une impossibilité technique à raconter le sublime. Soit on n'est pas intéressant, soit on est comique.
Quand on achève un livre de Duras, on éprouve une frustration. C'est comme une enquête au terme de laquelle on a peu compris. On a entrevu des choses au travers d'une vitre dépolie. On sort de table en ayant faim.
Le mot fiancé a pour étymologie le mot foi. Le fiancé est celui qui donne sa foi à l'autre. C'est beau n'est ce pas ?
La musique sacrée contamine l'âme d'un élan qui ressemble à la foi sans en être.
S'éprend-on de ceux pour qui l'on a du goût ? Impensable. On tombe amoureux de ceux que l'on ne supporte pas, de ceux qui représentent un danger insoutenable.
Schopenhauer voit dans l'amour une ruse de l'instinct de procréation : je ne puis dire l'horreur que m'inspire cette théorie.
Peu glorieuse la fuite ? C'est pourtant mieux que de se laisser attraper. Le seul déshonneur, c'est de ne pas être libre.
Mais mon pouvoir de séduction était tel que les moustiques ne se laissaient pas dissuader pour si peu. Je recevais l'énorme charge d'amour de cette gent vrombissante avec une résignation qui, le supplice passé, se muait en grâce.