Œuvre

Monsieur Ouine (1943)

Qui n'a pas vu la route à l'aube, entre ses deux rangées d'arbres, toute fraîche, toute vivante, ne sait pas ce que c'est que l'espérance.
Le diable, voyez-vous, c'est l'ami qui ne reste jamais jusqu'au bout.
On parle toujours du feu en enfer, mais personne ne l'a vu ... . L'enfer, c'est le froid.
Il m'arrive souvent d'affûter les ramiers, en lisière de notre bois, sous les grands chênes qui bordent la route.
Ne chicanons pas sur les mots. Haïr ou aimer, dans votre langue, c'est tout un.
On nous renvoie parmi vous avec la seule consigne, comme on dit, de nous débrouiller, d'agir pour le mieux.
Vous filez un mauvais coton ... vous n'êtes pas seul, d'ailleurs. On croirait que ce maudit village est sous le coup d'un sort.
Quand tombe le soir, à cette heure du crépuscule, la terre harassée dégorge une vapeur tiède et grasse, une espèce de sueur qu'il faut toute la nuit pour dissoudre.
On dirait d'un de ces dénicheurs de nids barbouillés de mûres, un compagnon des anciens dimanches, des beaux dimanches!
Il avait gardé ses chaussettes. Nous les lui arrachâmes hier au fond d'un baquet d'eau tiède dans l'espoir de faciliter le décollage - hélas! facile à prévoir - du derme.
Nul ne sait mieux que lui soigner un cheval, désenfler d'un coup de trocart la bête bourrée de trèfle frais.
La lumière fouille encore le misérable visage torturé où la bouche peinte éclate lugubrement.
Vous voyez cette jument, Steeny? Hé bien! vous la retrouverez ici-même, elle n'aura pas remué une patte, sinon pour s'émoucher. On ne l'attache jamais.
Cette odeur de moisissure et d'eau morte qui sort ici des murs mêmes, empoisonne jusqu'à l'air du jardin.
Le pas des mendiants fera de nouveau trembler la terre.
L'homme c'est bien malaisé à définir. Admettons que ça reste un enfant. Gentil et câlin à ses heures, mais plein de vices.
Le berceau est moins profond que la tombe.