C'est pataud, un homme, quand il est ému, il ne sait pas exprimer ses sentiments, par pudeur virile.
Je ne connais pas de vainqueur que la victoire ait mis d'humeur chagrine.
La chance peut prendre la forme d'un homme qui peut changer un destin.
La confiance est un élément majeur: sans elle, aucun projet n'aboutit.
La vie est faite d'espérance.
Le temps se rétrécit ou semble s'accélérer à mesure qu'approche la date du but à atteindre.
Naviguer est une activité qui ne convient pas aux imposteurs. Dans bien des professions, on peut faire illusion et bluffer en toute impunité. En bateau, on sait ou on ne sait pas.
Naviguer : c'est accepter les contraintes que l'on a choisies. C'est un privilège. La plupart des humains subissent les obligations que la vie leur a imposées.
On a, parfois, des compensations dans les moments délicats de la vie.
L'Homme a besoin de passion pour exister.
En bateau, on sait ou on ne sait pas. Malheur aux tricheurs. L'océan est sans pitié.
On sourit sans rien dire. Dans ces moments de bonheur, les mots risquent de sonner faux ou d'être d'une banalité navrante. Le bonheur se savoure en silence.
Il s'appelle Pen Duick - Mésange à tête noire en breton. Il ne porte pas de numéro comme ses successeurs. A la rigueur, je pourrais le baptiser Pen Duick premier. Comme on dit premier amour. Parce que l'histoire de ce cotre centenaire est une histoire sentimentale.
Il est là, superbe, sous son gréement aurique, humant le vent, évaluant la force de la mer, frissonnant dans l'attente de la première risée : objet d'art, précieux, exigeant, sensuel, vif, capricieux, tel est Pen Duick, mon bateau
Quitte à décevoir les âmes tendres, mon attachement à cette coque noire n'est pas lié au fait qu'elle appartint à mon père. Croire que je me suis entiché de ce voilier, endetté pour lui, tourmenté pour le sauver par amour filial serait faux. J'ai sauvé Pen Duick qui pourrissait dans une vasière parce que j'ai toujours été sensible à sa beauté. Le temps ne lui a rien ôté de sa noblesse.
Quand je le regarde, avec son habit noir et son plastron de voiles, il évoque pour moi un vieux et digne gentleman. Entre lui, dont la silhouette désuète fête ses 100 ans, et moi, le retraité de la Marine, s'est nouée une affection qui a marqué nos existences. Sans moi, il ne serait plus qu'une épave. Sans lui, ma vie eût été sans doute différente.
L'Homme a besoin de passion pour exister, certains se battent pour maintenir Venise à flot, d'autres passent leur vie à restaurer un vieux château en ruines. Pen Duick est un chef-d'oeuvre de l'architecture navale de jadis. Il ne fallait pas qu'il meure. De tout temps, j'ai voulu qu'il survive et qu'il navigue.
C'est donc l'histoire d'amour entre moi et mon bateau, avec les émotions nées de ce long compagnonnage, que je vais raconter.
Cela surprendra sans doute ceux qui m'ont affublé de la réputation inexacte d'ours, de taciturne, de catastrophe médiatique. C'est mal me connaître. Sans être un bavard, je ne suis pas un silencieux. Au contraire, j'aime bien parler et lorsque le sujet m'intéresse il m'arrive d'être intarissable. Mais si la conversation s'enlise dans des sujets qui m'indiffèrent, alors je m'absente mentalement, je me tais, et parfois même je m'endors.
Ce caractère peu loquace, je le tiens de ma mère, une femme volontaire et discrète, qui détestait parler pour ne rien dire.
Pour en terminer avec mes « silences », j'avoue qu'il m'est difficile de répondre à des questions banales sinon idiotes. L'exemple typique est quand, au retour d'une course, on me demande: « Alors, content d'être premier ? » Que dire d'autre que: « Oui » ? Je ne connais pas de vainqueur que la victoire ait mis d'humeur chagrine.
Lorsqu'on me demande, aussi, à propos de Pen Duick, si je suis heureux qu'il navigue toujours à son âge, je suis incapable de faire l'effort de répondre. Il est évident que sentir ce pont en bois sous mes pieds me rend heureux et que d'écouter ses bruits familiers, sa manière à lui de me parler, me procure du plaisir. Sinon, depuis près de quarante ans, me serais-je endetté et aurais-je tiré le diable par la queue pour que Pen Duick glisse encore sur la mer? Je n'ai rien oublié de ce que nous avons vécu ensemble.
Sur le littoral, il suffit de regarder les gamins des écoles de voile s'initier à flairer le vent, régler leur petite voiture, comprendre les courants sur leurs minuscules embarcations. Ils accepteront d'avoir froid, des ampoules aux mains, de se faire houspiller par les moniteurs parce qu'ils subissent l'emprise du bateau. Depuis l'Antiquité, une poignée d'hommes a toujours été attirée par la ligne inaccessible de l'horizon.
Le métier de marin est un métier d'humilité, qui exige un long apprentissage. La mer punit les bravaches. Naviguer est une activité qui ne convient pas aux imposteurs. Dans bien des professions, on peut faire illusion et bluffer en toute impunité. En bateau, on sait ou ne sait pas. Malheur aux tricheurs. L'océan est sans pitié
Le métier de marin est un métier d'humilité, qui exige un long apprentissage. La mer punit les bravaches.