L'Homme a besoin de passion pour exister.
❧
Quand je le regarde, avec son habit noir et son plastron de voiles, il évoque pour moi un vieux et digne gentleman. Entre lui, dont la silhouette désuète fête ses 100 ans, et moi, le retraité de la Marine, s'est nouée une affection qui a marqué nos existences. Sans moi, il ne serait plus qu'une épave. Sans lui, ma vie eût été sans doute différente.
◆
À lire aussi de Eric Tabarly
Quand on est à la baille dans l'Atlantique Nord, on n'a même pas le temps de réciter une prière: on meurt de froid presque instantanément. J'aime bien la vie et je n'ai aucune envie de périr bêtement. C'est pourquoi le cordage que j'ai capelé autour de ma taille est solide.
Quitte à décevoir les âmes tendres, mon attachement à cette coque noire n'est pas lié au fait qu'elle appartint à mon père. Croire que je me suis entiché de ce voilier, endetté pour lui, tourmenté pour le sauver par amour filial serait faux. J'ai sauvé Pen Duick qui pourrissait dans une vasière parce que j'ai toujours été sensible à sa beauté. Le temps ne lui a rien ôté de sa noblesse.
En bateau, on sait ou on ne sait pas. Malheur aux tricheurs. L'océan est sans pitié.
Le métier de marin est un métier d'humilité, qui exige un long apprentissage. La mer punit les bravaches.
Dans la même œuvre
C'est pataud, un homme, quand il est ému, il ne sait pas exprimer ses sentiments, par pudeur virile.
Je ne connais pas de vainqueur que la victoire ait mis d'humeur chagrine.
La chance peut prendre la forme d'un homme qui peut changer un destin.
La confiance est un élément majeur: sans elle, aucun projet n'aboutit.
La vie est faite d'espérance.