Œuvre

Les Souvenirs (2011)

La vie est une machine à explorer notre insensibilité. On survit si bien aux morts. C'est toujours étrange de se dire que l'on peut continuer à avancer, même amputés de nos amours.
Les bonnes idées viennent la nuit pendant que les mauvaises idées dorment.
Le soulagement est la version douce de la lâcheté.
Il y a un âge où les seules sorties qu'on accepte sont les enterrements.
Mon coeur était comme une chaîne de vélo qui a déraillé; j'en avais assez de tourner dans le vide; je voulais que mon coeur batte enfin utilement. J'attendais tout de la tendresse.
Elle avait la beauté des femmes russes, avec ce regard à la densité d'un roman tragique de huit cents pages.
Que veulent les vieux? Ils s'isolent lentement, sur ce chemin qui conduit à la blancheur.
On cherche toujours des raisons au manque d'amour qui nous ronge. Parfois, il n'y a simplement rien à dire.
On pleure pour montrer aux autres qu'on pleure.
Passer sa vie ensemble, c'est aussi mourir ensemble.
C'est toujours étrange de se dire que l'on peut continuer à avancer, même amputés de nos amours.
C'est l'inconvénient du rez-de-chaussée: on ne peut pas cacher son inactivité.
Veiller la nuit, c'est veiller l'amour des autres.
D'une certaine manière, attendre quelqu'un, c'est le faire exister avant son apparition.
Chaque personne importante d'une vie porte en elle l'écho de l'avenir.
Mon coeur était comme une chaîne de vélo qui a déraillé; j'en avais assez de tourner dans le vide; je voulais que mon coeur batte enfin utilement.
J'ai pensé que le bonheur se trouvait peut-être là, au tout début de l'éveil, quand on ouvre les yeux sur notre vie, quasiment surpris d'être nous.
J'aime tellement cette capacité des enfants à se protéger du malheur par le fantasme.
Il y a tant d'élégance aux premiers fragments de la séduction. Et parfois, je voudrais tant retrouver ce temps unique où nous nous sommes découverts.
Il y a des couleurs, des voix, des instants qui sont comme des avancées dans notre mémoire balbutiante; ces images sont des spéléologues capables de creuser dans la roche intacte de l'enfance.
J'aimais cette liberté qui pouvait conduire au désastre comme à la lumière.
Il y a quelque chose de si étonnant chez le chat. Il a atteint cette aisance suprême du bonheur à ne rien faire. Les hommes n'y arrivent pas. Au bout d'un moment, ils sont obligés de gesticuler, de parler, d'organiser quelque chose.
C'était donc ça, la mort. Quand les mouches se posent sur nous et qu'on ne peut plus les chasser.
Les souvenirs sont une espèce de point d'entrée; et peut-être sont-ils aussi la seule chose qui nous appartient vraiment.
Cette question de la grande vieillesse. Que veulent les vieux? Ils s'isolent lentement, sur ce chemin qui les conduit à la blancheur. Tout ce qui fait la matière des conversations disparaît. Et on est là, comme des veilleurs de chagrin.