Œuvre
Les Racines du ciel (1956)
Les hommes meurent pour conserver une certaine beauté de la vie. Une certaine beauté naturelle...
Moi je veux bien admettre que nous sommes peut-être des survivants d'une époque révolue, et que le poids des réalités ignobles nous fera bientôt disparaître de la planète, un peu comme les éléphants, tenez.
Les gens se sentent tellement seuls et abandonnés, qu'ils ont besoin de quelque chose de costaud, qui puisse vraiment tenir le coup. Les chiens, c'est dépassé, les hommes ont besoin des éléphants.
Le règlement de comptes entre les hommes frustrés par une existence de plus en plus asservie, soumise, et la dernière, la plus grande image de liberté vivante qui existât encore sur terre, continuait à se jouer quotidiennement dans la forêt africaine.
Ils ne pouvaient donc imaginer à quel point la défense d'une marge humaine assez grande et généreuse pour contenir même les géants pachydermes pouvait être la seule cause digne d'une civilisation.
Ils sont tellement habitués à renifler leur petite ordure que lorsque quelqu'un a besoin de respirer un bon coup, de se tourner enfin vers un objet vraiment important, grand, qu'il faut sauver à tout prix, ça les dépasse.
Quant au nationalisme, il y a longtemps que ça devrait plus exister que pour les matches de football.
Il est possible que ce qu'on appelle la civilisation consiste en un long effort pour tromper les hommes sur eux-mêmes.
L'Afrique perdra lorsqu'elle perdra les éléphants. Comment pouvons-nous parler de progrès, alors que nous détruisons encore autour de nous les plus belles et les plus nobles manifestations de la vie?
Le dernier mot n'existe pas en politique, vous le savez bien.
On peut toujours compter sur un gentleman lorsqu'il s'agit de ne pas comprendre une femme.
Les hommes ont besoin d'amitié.
Est-ce que nous ne sommes vraiment plus capables de respecter la nature, la liberté vivante, sans aucun rendement, sans utilité, sans autre objet que de se laisser entrevoir de temps en temps? La liberté elle-même est anachronique.
On mettra sûrement en vente un jour des comprimés d'humanité. On en prendra un à jeun le matin, dans un verre d'eau, avant de fréquenter les autres. Alors là, du coup, ça deviendra intéressant et on pourra même faire de la politique.
Quand on joue au con, on est sûr de gagner.
Il m'a souvent paru qu'à partir d'un certain degré de sérieux, de gravité, un homme, dans la vie, est un infirme, on a toujours envie de l'aider à traverser la rue.
Et je sais également qu'en pressant des âmes comme des tubes de pâte dentifrice, on finit toujours par faire sortir quelques gouttes de pureté.
Des routes toujours plus grandes, pour aller toujours plus loin nulle part.
L'humour est une dynamite silencieuse et polie qui vous permet de faire sauter votre condition présente chaque fois que vous en avez assez, mais avec le maximum de discrétion et sans éclaboussures.
Il y a un quart de siècle que je prends des photos de l'Histoire, avec un grand H, et ça finit par vous donner, malgré tout, une drôle de sympathie pour les éléphants...