Œuvre

Les Orientales (1829)

Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil. Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil.
Hélas! que j'en ai vu mourir, de jeunes filles. - C'est le destin: il faut une proie au trépas.
Tout est sujet; tout relève de l'art, tout a droit de cité en poésie.
Toujours lui! lui partout! Ou brûlante ou glacée, - Son image sans cesse ébranble ma pensée.
Grave et serein, avec un éclair dans les yeux.
La lune était sereine et jouait sur les flots.
Ah! jalouse entre les jalouses! - Si belle avec un coeur d'acier.
Ces cheveux, qui du fer n'ont pas subi l'affront.
Oh! si j'étais capitaine - Ou sultane, - Je prendrais des bains ambrés.
Courbé comme un vieillard sous le poids des années ...
La rumeur approche - L'écho la redit.
Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.
Les palmiers chevelus, pendant au front des tours - Semblaient d'en bas des touffes d'herbes.
Voilà vos longues couleuvrines - Qui soufflent du feu sur mes eaux!
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis, - Courbait sa tête humiliée.
L'incendie, attaquant la frégate amirale, - Déroule autour des mâts son ardente spirale.
C'est l'essaim des Djinns qui passe, - Et tourbillonne en sifflant.
Nous recrutions pour le sérail - Dans tous les moutiers du rivage. - En mer, les hardis écumeurs!
La rumeur approche, l'écho la redit.