Œuvre
Les Incertitudes de l'heure présente
L'extrémisme observé chez tous les partis révolutionnaires est un état mental où l'homme, dominé par une idée fixe, devient incapable de percevoir les réalités et leurs conséquences.
Les extrémistes de toutes opinions possèdent, malgré la divergence des buts poursuivis, des caractères identiques. L'extrémiste sincère est mystique, violent et borné.
Un extrémiste qui posséderait quelque trace de jugement et de clairvoyance cesserait aussitôt d'être extrémiste.
Depuis les origines de l'histoire, tous les partis politiques extrêmes débutent dans la splendeur des illusions et finissent dans la bassesse des rivalités intestines.
L'ambition et le besoin de popularité ont pu conduire certains hommes clairvoyants à l'extrémisme; mais, sachant très bien que son application rendrait tout gouvernement impossible, ils le rejettent en arrivant au pouvoir.
Le socialisme aux Etats-Unis diffère totalement du socialisme européen. L'idéal du travailleur américain est de devenir patron, alors que l'ouvrier latin rêve surtout la suppression du patron.
Si la jalousie, l'envie et la haine pouvaient être éliminées de l'univers, le socialisme disparaîtrait le même jour.
Si les syndicats groupaient seulement des intérêts matériels similaires leur influence serait faible; mais, en associant des mécontentements et des haines, ils acquièrent une grande puissance révolutionnaire.
La liberté n'est, le plus souvent, pour l'homme que la faculté de choisir sa servitude.
Les civilisations se fondent sur un petit nombre d'idées tenues pour des certitudes et universellement respectées. Ce n'est pas leur valeur rationnelle mais leur rôle qu'il importe de connaître.
La civilisation crée forcément plus d'entraves à la liberté que l'état sauvage, mais il faut supporter ces entraves pour s'élever de la barbarie à la civilisation.
Il est dangereux pour un peuple de compter dans son sein trop de vanités individuelles et pas assez d'orgueils collectifs.
Dans les sciences, l'autorité des faits a depuis longtemps remplacé l'autorité des personnes. En politique, l'autorité personnelle reste toujours nécessaire.
Les livres d'histoire révèlent surtout les croyances de leurs auteurs.
Le grand talent des historiens doués de prestige est de rendre vraisemblables les invraisemblances de l'histoire.
Les contes, les légendes, les oeuvres d'art, les romans même, sont beaucoup plus véridiques que les livres d'histoire. Ils expriment la sensibilité d'une époque, alors que le langage rationnel des historiens ne la fait pas connaître.
La sympathie naît facilement entre nations éloignées ne se connaissant pas. Dès qu'elles se trouvent en contact, leurs divergences de sentiments, d'idées et de croyances éclatent et toute sympathie s'évanouit.
Il est aussi difficile de vivre avec les hommes ne changeant jamais d'idées qu'avec ceux qui en changent constamment.
L'amitié représente un sentiment faible, mais durable; l'amour, un sentiment fort, mais peu durable. L'envie, dont le rôle social devient si prépondérant, constitue un des rares sentiments possédant à la fois force et durée.
On trouve plus facilement mille hommes prêts à obéir qu'un seul capable de prendre une initiative.
Ne nous plaignons pas trop de voir l'hypocrisie gouverner les hommes. Le monde deviendrait vite un enfer si l'hypocrisie en était bannie.
Le fondement principal de la grandeur d'un peuple ne réside ni dans le chiffre de ses habitants, ni dans l'étendue de son territoire, ni dans le nombre de ses canons, mais dans la force de son caractère.
Une volonté forte est beaucoup plus utile dans la vie qu'une instruction forte superposée à une volonté faible.
Loin d'être une preuve de caractère, la violence constitue souvent une manifestation de faiblesse. L'homme faible se montre parfois violent pour cacher sa faiblesse.
Dans toutes les affaires humaines il faut risquer pour réussir. C'est de la juste évaluation des chances de gain et de perte que dépendent les grands succès.