Œuvre

Les Grands Cimetières sous la lune (1938)

L'optimisme m'est toujours apparu comme l'alibi sournois des égoïstes, soucieux de dissimuler leur chronique satisfaction d'eux-mêmes.
On n'échappe pas au ridicule par une affectation de gravité.
Le monde vit d'illusion, c'est-à-dire de prestiges, et c'est un grand malheur pour beaucoup que se substitue au prestige des personnes ou même des uniformes, le prestige plus médiocre encore des mots.
La niaiserie, l'ignorance ou la peur, fût-elle même celle de l'enfer, ne forment pas les vierges. Ou du moins cette sorte de virginité me paraît aussi bête que l'espèce de chasteté obtenue par la castration.
Je ne crois qu'à ce qui me coûte. Je n'ai rien fait de passable en ce monde qui ne m'ait d'abord paru inutile, inutile jusqu'au ridicule, inutile jusqu'au dégoût.
Je ne suis pas un écrivain. La seule vue d'une feuille de papier blanc me harasse l'âme. L'espèce de recueillement physique que m'impose un tel travail m'est si odieux que je l'évite autant que je puis.
La prière est, en somme, la seule révolte qui se tienne debout.
Comprendre c'est déjà aimer.
Les souvenirs de guerre ressemblent aux souvenirs de l'enfance.
Les dictateurs font de la force le seul instrument de la grandeur.
Que les élites soient nationales ou non, la chose a beaucoup moins d'importance que vous ne pensez. C'est le peuple qui donne à chaque patrie son type original.
Hélas ! c'est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale. Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents.
J'ai cru jadis au mépris. C'est un sentiment très scolaire et qui tourne vite à l'éloquence, comme le sang d'un hydropique tourne en eau.
On ne se met aisément qu'à la place de ses égaux.
Le Monde est au risque. Le Monde sera demain à qui risquera le plus, prendra plus fermement son risque.
J'habitais, au temps, de ma jeunesse, une vieille chère maison dans les arbres, un minuscule hameau du pays d'Artois, plein d'un murmure de feuillage et d'eau vive.
Jeunes gens qui lisez ce livre, que vous l'aimiez ou non, regardez-le avec curiosité. Car ce livre est le témoignage d'un homme libre.