Œuvre

Les Contemplations (1856)

Rêveurs, tristes, joyeux, amers, sinistres, doux, - Sombre peuple, les mots vont et viennent en nous ; - Les mots sont les passants mystérieux de l'âme.
J'ai dit à Dieu : Seigneur, jugez où nous en sommes ; - Considérez la terre et regardez les hommes. - Ils brisent tous les noeuds qui devaient les unir. - Et Dieu m'a répondu : Certes, je vais venir.
Aime celui qui t'aime, et sois heureuse en lui.
Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant. La main du songeur vibre et tremble en l'écrivant.
L'être pour l'être est sphinx. L'aube au jour parait blême - L'éclair est noir pour le rayon. La cendre ne sait pas ce que pense le marbre - L'écueil écoute en vain le flot la branche d'arbre - Ne sait pas ce que dit le vent.
Et les marins d'Hydra, s'ils te voyaient sans voiles, te prendraient pour l'Aurore aux cheveux plein d'étoiles.
Traverser le tumulte, la rumeur, le rêve, la lutte, le plaisir, le travail, la douleur, le silence ; se reposer dans le sacrifice, et, là, contempler Dieu ; commencer à Foule et finir à Solitude, n'est-ce pas, les proportions individuelles réservées, l'histoire de tous ?
Commencer à Foule et finir à Solitude, n'est-ce pas, les proportions individuelles réservées, l'histoire de tous ?