Œuvre
Les Chaînes de l'esclavage (1774)
Ainsi en amollissant et en corrompant les peuples, le luxe les soumet sans résistance aux volontés d'un maître impérieux, et les force de payer du sacrifice de leur liberté le repos et les plaisirs dont il les laisse jouir.
Les jeux, les fêtes, les plaisirs, sont les appâts de la servitude, et deviennent bientôt le prix de la liberté, les instruments de la tyrannie.
Dans un état bien ordonné, la liberté de la presse doit être illimitée pour les écrivains qui surveillent les fonctionnaires publics.
L'autorité usurpée ne se soutient que par des troupes, et les troupes ne restent fidèles qu'à force d'argent: aussi le prince dépouille-t-il ses sujets, et confisque-t-il les fortunes des plus riches citoyens pour soudoyer ses satellites.
Jaloux de leur empire, les despotes sentent que pout tyranniser les peuples plus à leur aise, il faut les abrutir; aussi tout discours, tout écrit qui élève l'âme, qui tend à rappeler l'homme à ses droits, à lui-même, est-il funeste à son auteur.
Bientôt la nation devient la proie des maltôtiers, des financiers, des publicains, des concussionnaires: vampires insatiables qui ne vivent que de rapines, d'extorsions, de brigandages, et qui ruinent la nation pour se charger de ses dépouilles.
La grandeur du crime est la seule différence qu'il y ait entre un conquérant et un brigand.
Toutes les religions prêtent la main au despotisme je n'en connais aucune toutefois qui le favorise autant que la chrétienne.