Œuvre
Le testament caché (2009)
Cela vaut toujours la peine de décrire en détail le bonheur, le reste occupe une place si importante dans la vie qu'il est préférable de planter les jalons du bonheur tant que c'est possible.
Ma vie est comme une plume sur le dos de ma main, - Attendant le vent de la mort.
Quand un homme se réveille le jour de ses quarante ans, il peut dire avec certitude que sa jeunesse est derrière lui.
Et un homme capable de se montrer gai devant les catastrophes qui allaient l'assaillir, comme les catastrophes le font si souvent, sans grâce ni faveur, est un véritable héros.
La mémoire, il me faut le croire, si elle est délaissée devient une sorte de pièce remplie de boîtes ou un débarras dans une vieille maison, son contenu est tout mélangé, peut-être pas seulement par négligence mais aussi à force d'y chercher au petit bonheur et, par-dessus le marché, d'y jeter des choses qui n'ont rien à y faire.
C'est une des grâces de la vie maritale que pour une raison magique nous paraissons toujours le même aux yeux de l'autre. Même nos amis n'ont jamais l'air de vieillir. C'est une vraie bénédiction dont je ne me suis jamais douté quand j'étais jeune.
Il ne s'est jamais trouvé personne dans une maison de retraite qui n'a pas regardé d'un air dubitatif les autres résidents. Ce sont eux les vieux, ils forment le club dont personne ne veut faire partie. Mais nous ne sommes jamais vieux à nos yeux. Parce que, à la fin du jour, le bateau sur lequel nous naviguons est notre âme, pas notre corps.
Je voudrais tant dire que j'aimais mon père au point de ne pas pouvoir vivre sans lui, mais un tel aveu se révélerait faux dans la durée. Ceux que nous aimons, ces êtres indispensables, nous sont enlevés. Ces disparitions sont comme un gigantesque morceau de plomb déposé sur l'âme, et cette âme autrefois si légère devient un fardeau secret et dévastateur dans notre coeur.
Mon père disait toujours que le monde recommence avec chaque naissance. Il oubliait de dire qu’il s’achève avec chaque décès.
Je suis assez vieille pour savoir que le temps qui passe n'est qu'une ruse, une commodité. Tout est encore là, se déploie toujours, se produit toujours. Le passé, le présent et l'avenir, éternellement dans la caboche, comme les brosses, les peignes et les rubans dans un sac à main.
Un enfant n'est jamais l'auteur de sa propre histoire. Je pense que tout le monde le sait.
L’animal humain a fait ses débuts comme une petite chose frétillante dans les mers primitives et il a gagné péniblement la terre accablé de regrets. C’est ce qui nous amène remplis de nostalgie vers la mer.
Il est inutile de parler de ce que la mort nous épargne. La mort se rit de tout cela j'en suis sûr. La mort plus que tout autre aspect de la création connaît la valeur de la vie.
La morale a ses propres guerres civiles et ses propres victimes en leurs temps et lieu.