Œuvre
Le Rocher de Tanios (1993)
La parole du sage s'écoule dans la clarté. Mais de tout temps les hommes ont préféré boire l'eau qui jaillit des grottes les plus obscures.
Les faits sont périssables, crois moi, seule la légende reste. Comme l'âme après le corps, comme le parfum dans le sillage d'une femme.
Toutes les voluptés se paient, ne méprise pas celles qui disent leur prix.
Les idées que tu forges avec les pieds et qui remontent vers la tête te réconfortent et te stimulent, celles qui descendent de la tête aux pieds t'alourdissent et te découragent.
Le destin passe et repasse à travers nous comme l'aiguille du cordonnier à travers le cuir qu'il façonne.
Vous étiez innocents ? De quoi préserve-t-elle, l'innocence ? Même le Créateur nous dit d'égorger les agneaux pour nos réjouissances, jamais les loups...
Lorsque tu as un voeu très cher dont la réalisation te comblerait de bonheur, tu peux demander à Dieu de l'exaucer. Mais tu ne peux Lui dicter la manière dont II doit s'y prendre.
Dieu n'a pas dit à l'homme : Tu ne tueras pas sans raison. Il a simplement dit : Tu ne tueras point.
Lamia portait sa beauté comme une croix. Une autre qu'elle n'aurait eu qu'à se voiler, ou à se laisser enrober dans quelque étoffe disgracieuse pour cesser d'attirer les regards. Pas Lamia. On l'aurait dite trempée dans la lumière.
«Le pire des gouvernants n'est pas encore celui qui te bastonne, c'est celui qui t'oblige à te bastonner toi-même», conclut-il.
Les faits sont périssables, crois-moi, seule la légende reste, comme l'âme après le corps, ou comme le parfum dans le sillage d'une femme.